Juste un tableau sur la distribution des revenus dans le monde

Le profil d’évolution des revenus a été très divers selon les pays/zones géographiques entre 1980 et 2016. L’effet du rattrapage de la croissance a été très fort en Chine et en Inde mais nettement moins marqué en Russie. L’Europe fait moins bien que la moyenne mondiale.

La distribution des revenus au sein de chacun de ses pays/zone est aussi souvent très différenciée. Au sein des pays développés les profils américain et européen ne sont pas comparables. La Russie des oligarques est la plus spectaculaire pour les revenus au-delà du top 1%.

Ce tableau est tiré du rapport World Inequality Report (wir2018.wid.world )
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Inégalités des revenus et sur le marché du travail

Le rapport récent publié par l’Ecole d’Economie de Paris montre l’évolution des inégalités de revenus dans le monde. Il calcule la part considérable des revenus les plus élevés dans l’ensemble des revenus et aboutit à une situation franchement préoccupante. Ainsi, à l’échelle mondiale, le 1% des revenus les plus élevés a-t-il capté 27% de la croissance globale des revenus depuis 1980 (hors effet inflation). Sur la même période les 50 % ayant les revenus les plus réduits n’ont capté que 12% de la croissance de ce revenu. Clairement le monde a changé de référent sur la période. Les trajectoires par pays sont parfois encore plus marquées. Cependant, la situation des inégalités en Europe est relativement stable sur la période depuis 1980.

Les inégalités dans la répartition des revenus posent de nombreuses questions, notamment celle de la nécessité de trouver une croissance forte et durable. Si celle-ci ne profite qu’à une très faible minorité alors la croissance à tout prix ne peut pas être un objectif unique. L’approche par le ruissellement qui suggère que des riches plus riches auront un impact positif sur les pauvres ne marche pas du tout. Il faut donc définir d’autres objectifs et des instruments à côté de la croissance pour avoir une société plus harmonieuse. Lire la suite

Voyage Voyage – Juan les pins et Gatsby le Magnifique

Ce matin, mardi, une réunion organisée conjointement par la Caisse d’Epargne de la Côte d’Azur et la Caisse d’Epargne Provence Alpes Corse se tenait dans la villa qui abrita, à Juan les pins, Scott et Zelda Fitzgerald au début des années 20.
Pourquoi parler de cela ? Simplement parce que Scott Fitzgerald a écrit « Gatsby le magnifique » cette chronique sur la bourgeoisie américaine autour du personnage immensément  riche qu’est Gatsby.
En 2012, s’appuyant sur des travaux de Miles Corak,  Alan Krueger, alors patron des économistes de Barak Obama, mettait en avant la « courbe de Gatsby ».
Cette courbe relit d’un côté les inégalités de revenus et de l’autre la mobilité intergénérationnelle. La question posée est celle de la relation entre les inégalités de revenus et la possibilité d’accéder à sa propre place au soleil pour une génération indépendamment de la situation de ses propres parents.
Si plus d’inégalités se traduisent par une moindre mobilité sociale entre les générations alors chacun n’a pas réellement sa chance. En d’autres termes, plus les inégalités sont fortes plus la probabilité d’avoir un revenu similaire à celui de ses parents est élevée. Combattre les inégalités de revenus peut alors être un moyen de réduire la dépendance des revenus d’une génération à celle de ses parents.
Le graphique ci dessous montre la relation mise en avant par Corak. On observe effectivement une relation qui suggère que les inégalités de revenus sont cohérentes avec une faible mobilité intergénérationnelle.
Sur le graphe les pays nordiques sont ceux qui sont au bas de la courbe, les inégalités sont faibles et la mobilité entre génération est forte. C’est nettement moins le cas pour les pays d’Amérique latine.
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Dette, Inégalités de revenus et Croissance lente aux USA

Verbatim de ma chronique du jour illustré de graphiques à la fin du post

De 2009 à 2012, les dépenses de consommation des 5% des américains ayant les revenus les plus élevés ont augmenté de 12% en volume. Pour tous les autres, pour les 95% restant, les dépenses se sont réduites de 1% sur la même période.

Le cycle atypique(1) que connaissent les Etats-Unis actuellement, la croissance plus lente qui caractérise l’économie américaine serait le résultat de ces distorsions dans la distribution des revenus. On connait depuis les travaux de Piketty et Saez en 2003, et par d’autres travaux depuis, que les inégalités de revenus ont changé d’échelle depuis les années 80 (2) et que les écarts constatés n’ont fait que s’accroitre.

Partant de ce constat, deux économistes américains ont lié cette inégalités des revenus à la hausse de l’endettement des ménages et à la faiblesse de la reprise actuelle.
L’augmentation des inégalités date du milieu des années 80. La progression des revenus les plus élevés a, depuis cette date, été plus rapide que celle du revenu médian. Pour maintenir le rythme de leur consommation la majorité des ménages a dû s’endetter davantage alors même que les taux d’intérêt réels étaient élevés (3).
En raison de la croissance lente du revenu des 95% des ménages l’endettement s’est accru à un rythme fort pour que la consommation se maintienne.(4)

Avec l’arrivée de la crise, la situation sur le marché du travail se dégrade rapidement et les ménages endettés sont les plus pénalisés. Ils ne peuvent plus s’endetter de la même façon que par le passé. Dès lors la dynamique de leur consommation est affectée par ce changement de situation. Leurs dépenses sont davantage conditionnées par leurs revenus et il n’y a plus un échappatoire possible ou aussi rapide qu’avant via une augmentation de leur endettement.
Dès lors la consommation globale des ménages est plus lente en moyenne. Mais les ménages ayant les revenus les plus élevés ont pu continuer de dépenser alors que pour les 95% ayant les revenus les moins importants, la consommation a été pénalisée.

Dans un article récent du Wall Street Journal il était expliqué qu’en raison de ces distorsions il était plus facile désormais de vendre un produit très cher, un produit de luxe qu’un produit qui l’était moins car la cible de revenu n’était pas la même.
Les inégalités de revenus ne sont prêt de disparaitre même si comme le fait remarquer Emmanuel Saez dans son étude annuelle sur l’évolution de la distribution des revenus américain, il y a eu en 2013 un resserrement en raison de l’augmentation de la fiscalité sur les revenus les plus élevés.
L’impact de ces inégalités se retrouve aussi dans la dynamique du marché immobilier et il s’est vendu l’an dernier plus de maisons à plus de 400 000 dollars que de maisons à moins de 200 000.
L’endettement rapide et fort des ménages depuis les années 80 a reflété la hausse des inégalités dans la distribution des revenus. Les ménages ne peuvent plus s’endetter aussi rapidement que par le passé mais ces inégalités ne vont pas se réduire spontanément. La consommation aura alors une dynamique plus réduite que par le passé, contraignant ainsi la croissance américaine dans la durée.

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(1) Le premier graphe montre le caractère particulier de la reprise actuelle aux USA. Il montre l’évolution du revenu par tête au cours et après chaque récession depuis le premier choc pétrolier.
USA-PIBpartete(2) Le deuxième graphe est celui présenté par les auteurs dans leur papier mentionné plus haut.
Inegalites-revenusCelui ci est un graphe présenté par Piketty et Saez dans leur papier de 2003 et actualisé à 2013. Il a l’intérêt de montrer l’évolution sur une très longue période.
usa-ineg-revenus-piketty-saez(3) Le troisième graphe montre le caractère atypique de la consommation durant la reprise actuelle. Par rapport à tous les cycles constatés depuis 1950, le profil des dépenses des ménages est bien inférieur à ce qui était observé par le passé.
Cela traduit bien la préoccupation des auteurs et la nécessité de comprendre ce profil spécifique
USA-Conso-cycles(4) Le dernier graphe est une illustration de ce que j’avais en tête depuis un moment sur le lien entre inégalités de revenus, dette et consommation. On voit que depuis le milieu des années 80 les ménages doivent recourir à l’endettement pour consommer. Ce n’était pas le cas auparavant. Il n’y avait pas de relation entre endettement et consommation. On observe que durant la première décennie 2000 le comportement a changé. L’endettement s’est accru pour maintenir le niveau de consommation et non plus pour l’augmenter. Depuis le début de la crise l’endettement se réduit mais la consommation se maintient en %du PIB
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