Dette, Inégalités de revenus et Croissance lente aux USA

Verbatim de ma chronique du jour illustré de graphiques à la fin du post

De 2009 à 2012, les dépenses de consommation des 5% des américains ayant les revenus les plus élevés ont augmenté de 12% en volume. Pour tous les autres, pour les 95% restant, les dépenses se sont réduites de 1% sur la même période.

Le cycle atypique(1) que connaissent les Etats-Unis actuellement, la croissance plus lente qui caractérise l’économie américaine serait le résultat de ces distorsions dans la distribution des revenus. On connait depuis les travaux de Piketty et Saez en 2003, et par d’autres travaux depuis, que les inégalités de revenus ont changé d’échelle depuis les années 80 (2) et que les écarts constatés n’ont fait que s’accroitre.

Partant de ce constat, deux économistes américains ont lié cette inégalités des revenus à la hausse de l’endettement des ménages et à la faiblesse de la reprise actuelle.
L’augmentation des inégalités date du milieu des années 80. La progression des revenus les plus élevés a, depuis cette date, été plus rapide que celle du revenu médian. Pour maintenir le rythme de leur consommation la majorité des ménages a dû s’endetter davantage alors même que les taux d’intérêt réels étaient élevés (3).
En raison de la croissance lente du revenu des 95% des ménages l’endettement s’est accru à un rythme fort pour que la consommation se maintienne.(4)

Avec l’arrivée de la crise, la situation sur le marché du travail se dégrade rapidement et les ménages endettés sont les plus pénalisés. Ils ne peuvent plus s’endetter de la même façon que par le passé. Dès lors la dynamique de leur consommation est affectée par ce changement de situation. Leurs dépenses sont davantage conditionnées par leurs revenus et il n’y a plus un échappatoire possible ou aussi rapide qu’avant via une augmentation de leur endettement.
Dès lors la consommation globale des ménages est plus lente en moyenne. Mais les ménages ayant les revenus les plus élevés ont pu continuer de dépenser alors que pour les 95% ayant les revenus les moins importants, la consommation a été pénalisée.

Dans un article récent du Wall Street Journal il était expliqué qu’en raison de ces distorsions il était plus facile désormais de vendre un produit très cher, un produit de luxe qu’un produit qui l’était moins car la cible de revenu n’était pas la même.
Les inégalités de revenus ne sont prêt de disparaitre même si comme le fait remarquer Emmanuel Saez dans son étude annuelle sur l’évolution de la distribution des revenus américain, il y a eu en 2013 un resserrement en raison de l’augmentation de la fiscalité sur les revenus les plus élevés.
L’impact de ces inégalités se retrouve aussi dans la dynamique du marché immobilier et il s’est vendu l’an dernier plus de maisons à plus de 400 000 dollars que de maisons à moins de 200 000.
L’endettement rapide et fort des ménages depuis les années 80 a reflété la hausse des inégalités dans la distribution des revenus. Les ménages ne peuvent plus s’endetter aussi rapidement que par le passé mais ces inégalités ne vont pas se réduire spontanément. La consommation aura alors une dynamique plus réduite que par le passé, contraignant ainsi la croissance américaine dans la durée.

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(1) Le premier graphe montre le caractère particulier de la reprise actuelle aux USA. Il montre l’évolution du revenu par tête au cours et après chaque récession depuis le premier choc pétrolier.
USA-PIBpartete(2) Le deuxième graphe est celui présenté par les auteurs dans leur papier mentionné plus haut.
Inegalites-revenusCelui ci est un graphe présenté par Piketty et Saez dans leur papier de 2003 et actualisé à 2013. Il a l’intérêt de montrer l’évolution sur une très longue période.
usa-ineg-revenus-piketty-saez(3) Le troisième graphe montre le caractère atypique de la consommation durant la reprise actuelle. Par rapport à tous les cycles constatés depuis 1950, le profil des dépenses des ménages est bien inférieur à ce qui était observé par le passé.
Cela traduit bien la préoccupation des auteurs et la nécessité de comprendre ce profil spécifique
USA-Conso-cycles(4) Le dernier graphe est une illustration de ce que j’avais en tête depuis un moment sur le lien entre inégalités de revenus, dette et consommation. On voit que depuis le milieu des années 80 les ménages doivent recourir à l’endettement pour consommer. Ce n’était pas le cas auparavant. Il n’y avait pas de relation entre endettement et consommation. On observe que durant la première décennie 2000 le comportement a changé. L’endettement s’est accru pour maintenir le niveau de consommation et non plus pour l’augmenter. Depuis le début de la crise l’endettement se réduit mais la consommation se maintient en %du PIB
USA-dette-conso

Et si l’on regardait les engagements des ménages de la zone Euro?

Intervention courte dans un diner le 12 juin

Bonsoir
Je ne parlerai pas directement de conjoncture mais je l’évoquerai malgré tout en conclusion.
Pour m’écarter de la conjoncture et parce que j’ai l’obligation d’être très court dans mon intervention je parlerai de deux livres. Ils ont été remarqués ces derniers mois sur des registres différents mais reposent tous les deux sur une analyse empirique de grande qualité à partir de laquelle les auteurs de chacun des deux livres tirent des conclusions provocantes et pertinentes. Ce sont celles ci qui ici nous intéresser. Lire la suite

Menace de déflation en zone Euro et endettement des ménages

La zone Euro doit s’habituer à une période de taux d’inflation bas, durablement en dessous de la cible de 2% que s’est fixée la BCE.
Au sein même de la zone Euro  certains pays seront en déflation. En décembre 2013 c’est déjà le cas de la Grèce et de Malte mais l’Espagne, le Portugal ou encore l’Irlande ont des taux d’inflation faibles. Pour eux on ne peut pas exclure des situations de déflation. D’autres pays pourraient être entrés dans une logique de déflation compte tenu du mode de fonctionnement de la zone Euro.
Au delà des inconvénients habituels de la déflation qui pénalisent la conjoncture, la zone Euro doit s’inquiéter des effets d’un endettement fort des ménages dans certains pays menacés de déflation. Lire la suite