Emploi en zone Euro: + 6.6 millions d’emplois depuis 2013

Au premier semestre 2017, l’emploi en zone Euro est revenu au dessus de son point haut connu au premier trimestre 2008. Cela était déjà observable au premier trimestre 2017 mais cette amélioration est confirmée lors des 3 mois du printemps.
Cette robustesse de l’emploi traduit un effet de rattrapage après les années difficiles dans un contexte de croissance plus robuste et moins incertaine.  On voit sur le graphe l’emploi a une allure plus lisse que le PIB mais est bien en phase de rattrapage.
Depuis le début de la reprise, au premier trimestre 2013, la zone Euro a créé 6.6 millions d’emplois. Lire la suite

Le marché du travail et sa réforme (version in extenso)

La dynamique de la présidence Macron va enfin pouvoir commencer. Les discussions entre le gouvernement et les syndicats sur les orientations à prendre quant à l’évolution du code du travail français ont occupé une bonne partie de ces dernières semaines. Les ordonnances ont été dévoilées ce 31 août et seront validées en conseil des ministres le 21 septembre prochain. Le quinquennat pourra alors vraiment commencer.

L’objectif du gouvernement est de rendre le marché du travail plus réactif en modifiant certains aspects de ce code du travail.

A travers ces quelques lignes, voyons si le marché du travail va, comme espéré, réagir plus rapidement lorsque l’activité s’améliorera. La reprise de l’activité date en France du début de 2013. Mais l’emploi privé n’a repris que deux ans plus tard. L’objectif pour le gouvernement est de réduire ce délai pour rendre l’économie française plus réactive et finalement plus autonome.

Une vision critique suggère que ce n’est pas la flexibilité qui est en jeu dans la lente reprise du marché du travail. C’est plutôt la mise en place des politiques d’austérité à partir de 2011. La demande insuffisante a provoqué un ajustement brutal de l’emploi. L’économie française n’a pas retrouvé la même dynamique de croissance depuis la reprise de 2013. L’emploi tarde à retrouver une allure satisfaisante. La dynamique de l’emploi n’aurait rien à faire ou si peu avec le code du travail. Elle serait pourtant principalement dépendante de la demande. La flexibilité n’est pas dans ce cas un argument discriminant.

Les deux visions se complètent dans mon esprit. Les économies de la France et de la zone Euro ont été pénalisées durablement par la mise en place de ces politiques d’austérité. Cela a été une source de destruction d’emplois importante. Son impact persistant a limité la capacité des entreprises françaises a retrouver une dynamique rapide de l’emploi. On observe sur le graphique qui compare l’emploi dans la zone Euro et celui de la France qu’il y a plus d’inertie en France et une réactivité plus réduiteC’est sur cet aspect que le changement du code du travail peut avoir une incidence. 

Les ordonnances pour modifier le code du travail ont été présentées en conférence de presse par Edouard Philippe, le Premier ministre, et Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, en conférence de presse.

Quatre remarques en découlent :

La première porte sur la décentralisation de la négociation. L’accent a été mis lors de la présentation sur les PME et les TPE. Je crois que la problématique posée est plus large. Du fait du changement technologique majeur dans lequel l’économie française évolue et parce que la concurrence internationale est beaucoup plus vive que par le passé. Les entreprises doivent pouvoir adapter leur organisation et leur mode de production de façon plus individualisée. De la start-up à la grande entreprise industrielle ou de services, les ressemblances sont réduites et parfois inexistantes. Il me semble pertinent de pouvoir modifier les règles en fonction de chacun des types d’entreprise. Cela permettra d’améliorer la réactivité des entreprises sur l’emploi. L’objet des décrets d’application sera de vérifier que la négociation n’est pas trop asymétrique. Elle sera néanmoins plus efficace qu’un accord trop global.

La deuxième remarque est la volonté de fixer des règles dans la durée. L’objectif ici est d’améliorer la prévisibilité et de réduire l’incertitude. De ce point de vue, les normes prud’homales qui ont été adoptées sont pertinentes en réduisant l’incertitude. Ce sera aussi le cas de l’ensemble des choix effectués si ceux-ci s’inscrivent dans la durée. Si les options prises par le gouvernement ne changent pas pendant la durée du quinquennat, cela réduira au moins l’incertitude dans laquelle les entreprises pourront fonctionner. Ce sera ainsi une source plutôt positive pour l’emploi. L’incertitude est l’ennemi de l’embauche.

Le troisième constat est que cette réforme du marché du travail est incomplète et asymétrique. En effet elle regarde principalement du côté de l’employeur alors que les droits des salariés ne sont pas franchement améliorés. C’est l’aspect asymétrique. Son caractère incomplet vient de la nécessité absolue de réformer la formation pour que la plus grande réactivité du marché du travail du côté des entreprises ne soit pas une source d’incertitude et d’inquiétude pour les salariés. Muriel Pénicaud a évoqué ce thème et Emmanuel Macron dans son interview au Point en parle aussi. Mais il faut faire cette réforme sinon tout ce qui vient d’être présenté sous forme d’ordonnance n’aura pas l’impact souhaité, loin de là.

Enfin, la quatrième remarque est l’impasse sur le contrat de travail. Les analyses portant sur le marché du travail français ont mis l’accent sur le développement rapide des Contrats à Durée Déterminée (CDD) avec des contrats de plus en plus courts. Cette partie du marché du travail reste précaire et sert de variable d’ajustement. Edouard Philippe a indiqué lors de la conférence de presse qu’il y avait une sorte d’arbitrage entre la réforme du code du travail et celle du contrat de travail. Aussi, le gouvernement avait fait le choix de la première option. Je ne crois pas qu’il y ait incompatibilité avec des propositions qui avaient été présentées sur le contrat de travail unique par plusieurs économistes français. Il me semble que le maintien du partage CDI/CDD permettra de maintenir cette frange de travail précaire que l’on observe dans tous les pays développés. Chaque pays a son mode de fonctionnement. Mais c’est un volant d’ajustement qui est désormais accepté dans l’idée de fluidifier le marché du travail.

Il est dommage que cette option sur le contrat de travail ait été prise car ces CDD concernent grandement les jeunes. Dans son interview au Point, le Président de la République prêchait pour une attention particulière envers les jeunes et les peu qualifiés. La formation permettra de résoudre une partie des difficultés que ces deux populations rencontrent. La stabilité et la précarité seraient à remettre plus tard. C’est dommage.

Version in extenso de ma contribution hebdomadaire à Forbes – A retrouver ici

Le marché du travail et sa réforme

La dynamique de la présidence Macron va enfin pouvoir commencer. Les discussions entre le gouvernement et les syndicats sur les orientations à prendre quant à l’évolution du code du travail français ont occupé une bonne partie de ces dernières semaines. Les ordonnances ont été dévoilées ce 31 août et seront validées en conseil des ministres le 21 septembre prochain. Le quinquennat pourra alors vraiment commencer……

La suite dans ma chronique hebdomadaire pour Forbes. Elle est à retrouver ici

La réforme du marché du travail. 

Le gouvernement français a proposé un programme de travail pour réformer le marché du travail. L’idée est de rendre compte de la diversité des situations qui caractérise désormais ce marché. Le monde est globalisé, les chocs technologiques sont majeurs et l’adaptation des firmes à ceux-ci sont très variées,  les formes d’entreprise sont très diverses, de la grande entreprise à la start up en passant par la TPE et les secteurs d’activité très différenciés. 
En d’autres termes, la concurrence n’est plus un concept uniforme et les entreprises sont soumises à des contraintes très différentes selon l’ensemble des éléments précités. L’idée d’avoir une loi globale et des modes de fonctionnement qui soient décentralisés a du sens. On a du mal à imaginer la possibilité de faire une loi pour tous avec les mêmes modes d’application. 

C’est le sens de la réforme du marché du travail proposée par Édouard Philippe et Muriel Penicaud. Elle modifie en profondeur les rapports de force dans l’entreprise puisque les négociations se feront à l’échelle de l’entreprise voire à celle de la branche. Cela fait moins d’uniformité et l’incapacité d’imaginer une même réaction collective à un événement ou à un choc. Le poids des syndicats va être fortement affecté. Il sera difficile pour un syndicat d’avoir une ligne unique dans ce cadre très divers. C’est comme cela que le rapport de force changera en profondeur. 

Cette désorganisation potentielle fait penser à ce que disait Adam Smith sur ce rapport de force entre un patronat peu nombreux et facile à organiser et des employés très nombreux et forcément plus difficiles à faire agir de façon collective. Ce phénomène est d’autant plus vrai que les intérêts des salariés sont dissociés d’une entreprise à l’autre. 
Adam Smith y voyait un avantage significatif pour le patronat. La mise en place d’une contrepartie en terme de formation doit permettre un rééquilibrage du rapport de force et une réduction de l’incertitude pour l’ensemble des salariés et des chômeurs. S’il n’y a pas de convergence vers une forme de flexicurité à la française alors l’efficacite de la réforme pourra être remise en question. 

L’emploi et le chômage; L’enjeu du quinquennat (le texte)

François Hollande a finalement gagné son pari. Le taux de chômage à la fin de son mandat a reculé. Il est plus bas que lorsqu’il est entré à l’Elysée. Le pari était audacieux mais il a été tenu puisque de 9.7% au deuxième trimestre 2012 il est monté à 10.5% au printemps 2015 avant de s’inscrire à 9.6% au cours des trois premiers mois de 2017.

Il y a bien eu retournement de la courbe du chômage.
Le taux de chômage peut cependant aller beaucoup plus bas puisqu’il était à 7.2% au premier trimestre de 2008. On ne peut donc se satisfaire d’un taux de chômage aussi élevé. C’est pour cela que de nouvelles mesures doivent être prises pour rendre le marché du travail plus réactif.

L’objectif doit être double : améliorer la capacité de l’économie française à créer des emplois lorsque la conjoncture est plus porteuse , mais aussi rendre plus cohérente la dynamique entre les emplois disponibles et la capacité des salariés et des chômeurs à y répondre. Il faut que l’emploi puisse se développer rapidement dans les secteurs porteurs et que l’économie française puisse s’adapter plus vite au cycle économique global via l’emploi et la capacité à mobiliser des ressources pour faire croître les secteurs porteurs. Cela veut dire cependant qu’il faut réussir à réduire rapidement l’emploi des secteurs en déclin (l’insuffisance de cet arbitrage est une source d’inertie considérable et d’incapacité à capter les améliorations conjoncturelles. Les secteurs qui repartent après une récession sont rarement ceux qui portaient le cycle auparavant. Il faut pouvoir opérer rapidement des transferts de ressources pour prendre le bon wagon de l’expansion). Ces éléments ont un caractère pro-cyclique susceptible d’amplifier et de prolonger la dynamique de croissance.

On peut visualiser ces éléments de réactivité à travers deux mesures.

Le premier met en regard la croissance économique et la croissance de l’emploi. Le graphe est en données annuelles et les données vont de 1996 à 2016.

La courbe bleue montre la relation linéaire entre les deux indicateurs. Sa pente positive suggère qu’à la croissance plus élevée peut être associée une progression plus rapide de l’emploi. Celui-ci progressera d’autant plus vite que la croissance sera forte.
On voit cependant que le marché du travail est assez réactif et qu’avec un taux de croissance de 1.2% en 2016, l’emploi augmente aussi de 1.2%. L’idée peut être d’essayer de modifier la pente de la courbe bleue pour permettre une accélération de l’emploi, notamment dans les périodes de reprise. Cela peut aussi passer par une translation vers le haut de la courbe bleue pour enrichir encore davantage la croissance en emplois.

La deuxième mesure est issue de la décomposition du PIB par tête. Son évolution traduit celle de la productivité horaire du travail et des heures de travail par français (actifs et non-actifs). C’est ce dernier point qui nous intéresse ici.
Avant cela, notons que le PIB par tête en France ne retrouve son niveau d’avant crise (2007) qu’en 2016 alors qu’en Allemagne c’est 2010 et aux USA c’est 2014. La comparaison avec ces deux pays est pertinente car les profils de productivité depuis 2007 sont comparables entre ces deux pays et la France. Ce n’est donc pas sur ce critère que s’opère la différence de profil. C’est sur les heures travaillées par français qu’il y a une divergence marquée. On le voit sur le graphe.
Partout dans les pays occidentaux, le nombre d’heures travaillées relativement à la population s’est redressé. La France fait exception. Au Royaume Uni c’est d’ailleurs la source principale de la croissance car la productivité est encore plus réduite qu’ailleurs. Cela n’est pas un phénomène lié aux 35 heures car l’indicateur présenté traduit la capacité du marché du travail à réagir à une amélioration conjoncturelle. Les 35 heures sont une mesure institutionnelle, et donc modifier le temps de travail comme cela était indiqué dans le programme de François Fillon ne changerait rien, en ce sens qu’il ne serait pas une source de réactivité.

Le PIB par tête peut être décomposé en 3 éléments Le productivité horaire, les heures travaillées par emploi et le taux d’emploi. La décomposition faite est entre la productivité horaire et les heurs travaillées par personne (j’ai regroupé les deux derniers termes et c’est ce qui est présenté)

L’enjeu est donc dans la capacité du marché du travail à réagir aux évolutions de la conjoncture. La rupture passe par cela. Cela passe par une capacité des entreprises à ajuster rapidement à la hausse et/ou à la baisse l’emploi en fonction du cycle. Le passage à des règles à l’échelle de l’entreprise a du sens car les entreprises ont aujourd’hui des formes très diverses. L’heure de l’individualisation que l’on constate pour les salariés est aussi vraie pour les entreprises. Il faut réduire l’incertitude pour les entreprises dans un monde qui est devenu plus complexe.

Mais cela doit avoir aussi une contrepartie pour les salariés. Le marché du travail ne peut pas fonctionner que d’un côté. Dans les pays anglo-saxons, l’ajustement passe par la capacité à générer des emplois parfois très mal payés. Le contrat zéro heure britannique n’est pas la solution, me semble-t-il. Cette flexibilité permet de créer des emplois mais elle n’est pas dans le modèle français. La capacité des entreprises à licencier rapidement crée de l’incertitude chez les salariés. En effet, être au chômage est généralement une situation qui s’inscrit dans la durée, notamment pour les gens peu qualifiés. C’est d’ailleurs sur ce point que la loi El Khomri était asymétrique puisqu’elle ne réduisait pas l’incertitude du côté du salarié.
La meilleure façon de réduire l’incertitude est que le salarié soit conscient de sa valeur. Mais celle-ci dépendra de la formation qu’il aura reçue et de la qualification qu’il aura acquise. Il y a donc une exigence qui est que le salarié, qu’il soit en emploi ou au chômage, soit capable de rester employable et d’améliorer son employabilité. Il faut que les entreprises puissent embaucher des gens qualifiés pour s’adapter au processus de production et au secteur d’activité. Soit on décompose l’emploi pour proposer des petits bouts d’emplois mal payés mais nombreux comme c’est le cas au Royaume Uni et parfois en Allemagne soit on essaie de proposer des emplois plus complets et plus qualifiés parce que les salariés ont la qualification pour y répondre. C’est ce processus exigeant que doit suivre la France. C’est le seul compatible avec le modèle social français.

La difficulté vient de ce que les ajustements ne vont pas à la même vitesse. Il est très facile d’indiquer aux entreprises qu’elles peuvent ajuster l’emploi ou qu’elles peuvent changer les règles de fonctionnement. Il est beaucoup plus long d’acquérir des qualifications.

Le dilemme du gouvernement sera de réduire cette asymétrie. Certains ont préféré par le passé mettre en œuvre des petits boulots pour ne pas être contraint par elle. Il y a aujourd’hui une opportunité politique pour changer la dynamique du marché du travail, il serait bien d’en profiter.
Ce texte est la version in extenso de ma chronique publié par Forbes et disponible ici

L’emploi et le chômage – L’enjeu du quinquennat

François Hollande a finalement gagné son pari. Le taux de chômage à la fin de son mandat a reculé. Il est plus bas que lorsqu’il est entré à l’Elysée. Le pari était audacieux mais il a été tenu puisque de 9.7% au deuxième trimestre 2012 il est monté à 10.5% au printemps 2015 avant de s’inscrire à 9.6% au cours des trois premiers mois de 2017.

Il y a bien eu retournement de la courbe du chômage.
Le taux de chômage peut cependant aller beaucoup plus bas puisqu’il était à 7.2% au premier trimestre de 2008. On ne peut donc se satisfaire d’un taux de chômage aussi élevé. C’est pour cela que de nouvelles mesures doivent être prises pour rendre le marché du travail plus réactif.

L’objectif doit être double:…lire la suite dans ma chronique hebdomadaire pour Forbes