Interview sur les enjeux de l’actualité économique que j’ai donné au blog Economens des étudiants de l’ENS

"Celui à qui l’on a vendu l’austérité et qui constate une dégradation des services publics se dit qu’on lui raconte des cracks" – Economens a interviewé P. Waechter

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https://economens.wordpress.com/2017/07/30/celui-a-qui-lon-a-vendu-lausterite-et-qui-constate-une-degradation-des-services-publics-se-dit-quon-lui-raconte-des-cracks-economens-a-interviewe-p-waechter/

Comment penser l’avenir?

Si l’économie globale vous apparait chaotique alors relisez les auteurs permettant de le comprendre. C’est le conseil de Brad De Long, professeur à Berkeley.
Il cite trois auteurs pour commencer: John Maynard Keynes, Karl Polanyi et Alexis de Tocqueville.  Pour eux, le monde ne converge pas systématiquement vers un ordre établi et les forces du marché n’engendrent pas spontanément une allocation efficace des ressources.

Quels penseurs vont définir notre avenir ?

BERKELEY – Il y a quelques années de cela, je me suis rendu compte que les sociologues actuels se tiennent tous sur les épaules de géants tels que Machiavel, John Locke, Adam Smith, Alexis de Tocqueville, Max Weber et Émile Durkheim. La chose qu’ils ont tous en commun est que leur principale préoccupation se rapportait au tissu social, politique et économique de l’Occident européen entre 1450 et 1900. En d’autres termes, ils fournissent des outils intellectuels qui nous permettent de comprendre le monde occidental des années 1840, mais pas nécessairement celui de 2016.

Quelle doctrine sera enseignée dans les cours de théorie sociale autour de 2070 ? Quel canon, écrit aujourd’hui ou encore à venir, ceux qui termineront leur carrière dans les années 2070 souhaiteraient avoir utilisé, pour avoir commencé leur carrière à la fin des années 2010 ?

Après avoir ruminé cette question ces dernières années, j’ai réduit ma sélection aux œuvres de trois personnes : Tocqueville, qui a écrit dans les années 1830 et 1840 ; John Maynard Keynes, qui a écrit dans les années 1920 et 1930 et Karl Polanyi, qui a écrit dans les années 1930 et 1940.

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Le FMI s’interroge sur la croissance à moyen terme

Verbatim de ma chronique du jour

Depuis 2008, le profil de la croissance mondiale a changé. Les économies tardent à retrouver une allure qui serait proche de celle constatée avant la crise. Cela s’observe dans les pays développés mais aussi dans les pays émergents.
En France, par exemple, la croissance a suivi une trajectoire très particulière notamment depuis 2011. Du premier trimestre 2011 au quatrième trimestre 2014 l’activité a progressé au rythme de 0.4% par an sans avoir la capacité d’accélérer spontanément contrairement à ce qui était observé par le passé. Cela n’est pas spécifique à la France au sein des pays développés. Sur un autre plan, l’économie chinoise ralentit. Sa croissance qui était à 10% en moyenne converge vers 7% et ira probablement un peu plus lentement encore.

Les économies ne semblent pas capable de retourner vers le profil qui était le leur avant la crise de 2008. Le retour à la normale ne semble plus être la trajectoire naturelle des économies qu’elles soient développées ou émergentes.
Cette quête de la normalité avait été mise en avant en novembre 2013 par Larry Summers . L’ancien secrétaire d’Etat au Trésor de Bill Clinton évoquait la possibilité d’une croissance lente dans la durée, beaucoup plus lente que ce qui était observé jusqu’alors. Il remettait au gout du jour l’hypothèse de stagnation séculaire. Plus récemment, Alice Rivlin de la Brookings Institution s’interrogeait sur l’hypothèse d’une inflation nulle dans la durée, ce que cela reflétait de l’économie et les conséquences d’un tel environnement sur la politique économique.

Avant la crise il y avait de la croissance et un taux d’inflation réduit compatible avec la notion de stabilité des prix. Aujourd’hui les questions sont ouvertes, la croissance est faible et l’inflation inexistante.

Dans son rapport d’avril 2015, le FMI se pose aussi la question du retour à la normale. Il s’interroge sur la possibilité de converger vers la trajectoire de croissance d’avant crise. Lire la suite