Le taux de chômage se replie encore en France

Le taux de chômage en France s’est inscrit à 9.2% au deuxième trimestre 2017 pour la France métropolitaine et 9.5% pour la France entière. C’est le chiffre le plus bas depuis le premier trimestre 2012. Pour la France métropolitaine, le taux de chômage était de 9.4% au deuxième trimestre 2012, le taux de chômage aura baissé de 0.2% durant la présidence de François Hollande.
Depuis 1987 le taux de chômage évolue autour d’une tendance qui se situe légèrement en dessous de 9%. Cette barrière pourrait être franchie au cours de l’année 2017.
Au regard de la conjoncture et de la dynamique constatée sur le marché du travail (291 9000 emplois créés sur un an dans le secteur privé) on peut anticiper un taux de chômage qui tendrait vers moins de 8.5% en 2018. Lire la suite

Une statistique sur les demandeurs d’emploi disparaît et c’est bien

Le gouvernement français a décidé de ne plus interpréter le chiffre mensuel des demandeurs d’emplois publié par la Dares pour le ministère du travail. C’est une très bonne idée car ce chiffre est très difficile à interpréter. 
Il est censé donner une image de l’évolution du marché du travail. Pourtant ce chiffre additionne des choux et des carottes et ne permet donc pas franchement d’avoir un diagnostic précis de l’état du marché du travail. 

En gros il y a deux types de données dans ce chiffre du ministère du travail. Les premières peuvent refléter l’évolution du marché du travail en tant que tel puisqu’il s’agit des fins de CDD, d’intérim ou encore des reprises d’emploi. Ces composantes ont du sens et donner un éclairage sur ce qui se passe.
Le deuxième type de données traduit des règles administratives de Pôle Emploi ou du ministère du travail.  Cela peut refléter des règles sur les radiations ou les absences de pointage. 

Chacun des deux types de mesure peut avoir du sens séparément mais les deux ensemble c’est trop. D’autant que chaque terme à des sous ensemble dont les évolutions ne sont pas toujours très simple à lire: des postes statistiques regroupent des éléments hétérogènes l’un avec l’autre. La lecture dès lors devient trop complexe pour avoir une vision claire du marché du travail. C’est l’addition des choux et des carottes. On ne sait jamais très bien l’origine du changement du nombre de demandeurs d’emplois que ce soit à la hausse ou à la baisse. 

L’Insee publie des chiffres du chômage et du taux de chômage tous les trimestres. Sa méthode est celle d’un sondage de grande ampleur. Il a l’avantage d’être cohérent en interrogeant les français sur leur situation. Cette approche est beaucoup plus fiable et cohérente dans le temps. En outre elle permet des comparaisons internationales sur des bases comparables ce que ne permet pas le chiffre de la Dares. 
Finalement le seul avantage du chiffre du ministère du travail, et ce qui en faisait un happening à chaque publication, était sa périodicité mensuelle. Le gouvernement pouvait soit vanter les mérites de sa politique si le nombres des inscrits à Pôle Emploi reculait  soit être la cible de tous les commentateurs  en cas de hausse puisqu’il était alors considèré comme incapable d’améliorer la situation de l’emploi. 
L’Insee ne publie qu’une fois par trimestre et ne provoque jamais ce happening. C’est dommage. En outre sur l’emploi on aimerait des données plus fréquentes car c’est aussi la situation de chacun d’entre nous qui s’y reflète.

L’emploi et le chômage; L’enjeu du quinquennat (le texte)

François Hollande a finalement gagné son pari. Le taux de chômage à la fin de son mandat a reculé. Il est plus bas que lorsqu’il est entré à l’Elysée. Le pari était audacieux mais il a été tenu puisque de 9.7% au deuxième trimestre 2012 il est monté à 10.5% au printemps 2015 avant de s’inscrire à 9.6% au cours des trois premiers mois de 2017.

Il y a bien eu retournement de la courbe du chômage.
Le taux de chômage peut cependant aller beaucoup plus bas puisqu’il était à 7.2% au premier trimestre de 2008. On ne peut donc se satisfaire d’un taux de chômage aussi élevé. C’est pour cela que de nouvelles mesures doivent être prises pour rendre le marché du travail plus réactif.

L’objectif doit être double : améliorer la capacité de l’économie française à créer des emplois lorsque la conjoncture est plus porteuse , mais aussi rendre plus cohérente la dynamique entre les emplois disponibles et la capacité des salariés et des chômeurs à y répondre. Il faut que l’emploi puisse se développer rapidement dans les secteurs porteurs et que l’économie française puisse s’adapter plus vite au cycle économique global via l’emploi et la capacité à mobiliser des ressources pour faire croître les secteurs porteurs. Cela veut dire cependant qu’il faut réussir à réduire rapidement l’emploi des secteurs en déclin (l’insuffisance de cet arbitrage est une source d’inertie considérable et d’incapacité à capter les améliorations conjoncturelles. Les secteurs qui repartent après une récession sont rarement ceux qui portaient le cycle auparavant. Il faut pouvoir opérer rapidement des transferts de ressources pour prendre le bon wagon de l’expansion). Ces éléments ont un caractère pro-cyclique susceptible d’amplifier et de prolonger la dynamique de croissance.

On peut visualiser ces éléments de réactivité à travers deux mesures.

Le premier met en regard la croissance économique et la croissance de l’emploi. Le graphe est en données annuelles et les données vont de 1996 à 2016.

La courbe bleue montre la relation linéaire entre les deux indicateurs. Sa pente positive suggère qu’à la croissance plus élevée peut être associée une progression plus rapide de l’emploi. Celui-ci progressera d’autant plus vite que la croissance sera forte.
On voit cependant que le marché du travail est assez réactif et qu’avec un taux de croissance de 1.2% en 2016, l’emploi augmente aussi de 1.2%. L’idée peut être d’essayer de modifier la pente de la courbe bleue pour permettre une accélération de l’emploi, notamment dans les périodes de reprise. Cela peut aussi passer par une translation vers le haut de la courbe bleue pour enrichir encore davantage la croissance en emplois.

La deuxième mesure est issue de la décomposition du PIB par tête. Son évolution traduit celle de la productivité horaire du travail et des heures de travail par français (actifs et non-actifs). C’est ce dernier point qui nous intéresse ici.
Avant cela, notons que le PIB par tête en France ne retrouve son niveau d’avant crise (2007) qu’en 2016 alors qu’en Allemagne c’est 2010 et aux USA c’est 2014. La comparaison avec ces deux pays est pertinente car les profils de productivité depuis 2007 sont comparables entre ces deux pays et la France. Ce n’est donc pas sur ce critère que s’opère la différence de profil. C’est sur les heures travaillées par français qu’il y a une divergence marquée. On le voit sur le graphe.
Partout dans les pays occidentaux, le nombre d’heures travaillées relativement à la population s’est redressé. La France fait exception. Au Royaume Uni c’est d’ailleurs la source principale de la croissance car la productivité est encore plus réduite qu’ailleurs. Cela n’est pas un phénomène lié aux 35 heures car l’indicateur présenté traduit la capacité du marché du travail à réagir à une amélioration conjoncturelle. Les 35 heures sont une mesure institutionnelle, et donc modifier le temps de travail comme cela était indiqué dans le programme de François Fillon ne changerait rien, en ce sens qu’il ne serait pas une source de réactivité.

Le PIB par tête peut être décomposé en 3 éléments Le productivité horaire, les heures travaillées par emploi et le taux d’emploi. La décomposition faite est entre la productivité horaire et les heurs travaillées par personne (j’ai regroupé les deux derniers termes et c’est ce qui est présenté)

L’enjeu est donc dans la capacité du marché du travail à réagir aux évolutions de la conjoncture. La rupture passe par cela. Cela passe par une capacité des entreprises à ajuster rapidement à la hausse et/ou à la baisse l’emploi en fonction du cycle. Le passage à des règles à l’échelle de l’entreprise a du sens car les entreprises ont aujourd’hui des formes très diverses. L’heure de l’individualisation que l’on constate pour les salariés est aussi vraie pour les entreprises. Il faut réduire l’incertitude pour les entreprises dans un monde qui est devenu plus complexe.

Mais cela doit avoir aussi une contrepartie pour les salariés. Le marché du travail ne peut pas fonctionner que d’un côté. Dans les pays anglo-saxons, l’ajustement passe par la capacité à générer des emplois parfois très mal payés. Le contrat zéro heure britannique n’est pas la solution, me semble-t-il. Cette flexibilité permet de créer des emplois mais elle n’est pas dans le modèle français. La capacité des entreprises à licencier rapidement crée de l’incertitude chez les salariés. En effet, être au chômage est généralement une situation qui s’inscrit dans la durée, notamment pour les gens peu qualifiés. C’est d’ailleurs sur ce point que la loi El Khomri était asymétrique puisqu’elle ne réduisait pas l’incertitude du côté du salarié.
La meilleure façon de réduire l’incertitude est que le salarié soit conscient de sa valeur. Mais celle-ci dépendra de la formation qu’il aura reçue et de la qualification qu’il aura acquise. Il y a donc une exigence qui est que le salarié, qu’il soit en emploi ou au chômage, soit capable de rester employable et d’améliorer son employabilité. Il faut que les entreprises puissent embaucher des gens qualifiés pour s’adapter au processus de production et au secteur d’activité. Soit on décompose l’emploi pour proposer des petits bouts d’emplois mal payés mais nombreux comme c’est le cas au Royaume Uni et parfois en Allemagne soit on essaie de proposer des emplois plus complets et plus qualifiés parce que les salariés ont la qualification pour y répondre. C’est ce processus exigeant que doit suivre la France. C’est le seul compatible avec le modèle social français.

La difficulté vient de ce que les ajustements ne vont pas à la même vitesse. Il est très facile d’indiquer aux entreprises qu’elles peuvent ajuster l’emploi ou qu’elles peuvent changer les règles de fonctionnement. Il est beaucoup plus long d’acquérir des qualifications.

Le dilemme du gouvernement sera de réduire cette asymétrie. Certains ont préféré par le passé mettre en œuvre des petits boulots pour ne pas être contraint par elle. Il y a aujourd’hui une opportunité politique pour changer la dynamique du marché du travail, il serait bien d’en profiter.
Ce texte est la version in extenso de ma chronique publié par Forbes et disponible ici

L’emploi et le chômage – L’enjeu du quinquennat

François Hollande a finalement gagné son pari. Le taux de chômage à la fin de son mandat a reculé. Il est plus bas que lorsqu’il est entré à l’Elysée. Le pari était audacieux mais il a été tenu puisque de 9.7% au deuxième trimestre 2012 il est monté à 10.5% au printemps 2015 avant de s’inscrire à 9.6% au cours des trois premiers mois de 2017.

Il y a bien eu retournement de la courbe du chômage.
Le taux de chômage peut cependant aller beaucoup plus bas puisqu’il était à 7.2% au premier trimestre de 2008. On ne peut donc se satisfaire d’un taux de chômage aussi élevé. C’est pour cela que de nouvelles mesures doivent être prises pour rendre le marché du travail plus réactif.

L’objectif doit être double:…lire la suite dans ma chronique hebdomadaire pour Forbes

Pôle Emploi: ça baisse mais ça monte

Le nombre d’inscrits en catégorie 1 a reculé de 1.9% en septembre (-66 300) après +50 200 en août. En tendance (moyenne mobile sur 3 mois), le profil est plutôt baissier.
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Il me parait plus pertinent de regarder la somme des catégories A (recherche d’emploi mais pas d’activité), B (recherche et activité réduite (-78h)) et C (recherche et activité réduite (+78h)). En effet, la dégradation de longue date du marché du travail suggère des passages entre les 3 catégories et les regarder ensemble donne une meilleure image de ce qu’il en est. Lire la suite

Les ménages français ont le moral

L’amélioration brutale et surprenante, en mai, de la composante « chômage » dans l’enquête de l’INSEE auprès des ménages se confirme et s’accentue en juin.
C’est ce qu’il faut retenir de cette enquête. Les ménages ont le sentiment d’une amélioration tangible sur le marché du travail. Cela se traduit et se reflète par un indicateur sous sa moyenne de long terme.
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Le graphe sur les chiffres de Pôle Emploi

Les chiffres des inscrits à Pôle Emploi de catégorie A sont trop volatils et difficile à interpréter. La hausse le mois dernier marquait l’échec du gouvernement, le repli ce mois ci traduit le sérieux de la politique de l’emploi. Il faut éviter ces interprétations trop hâtives.
Il est préférable de regarder ensemble les catégories A, B et C. Chacune indique des personnes à la recherche d’un emploi et disponible mais les gens en catégorie A ne travaillent pas, ceux en catégorie B travaillent un peu (moins de 78h) et ceux en C travaillent davantage (+78h par mois).

On constate sur le graphe que depuis le printemps 2015 il t a un changement de tendance. Le nombre d’inscrits à Pôle Emploi ralentit. Depuis 3 mois le chiffre se contracte. Le marché du travail change de comportement. 
On s’intéresse aux catégories A, B et C pour une raison simple: quand l’économie subit un choc ponctuel, les personnes arrivant à Pôle Emploi s’inscrivent et sont en situation de retrouver rapidement un emploi. Ils sont en catégorie A. Lorsque le choc est persistant la durée au chômage augmente (+7.5% sur un an pour le chômage à plus d’un an en mars 2016). Le besoin de travailler (petits boulots) s’accroît ne serait ce que pour améliorer ses revenus. 
Ces trois catégories prises ensemble sont les plus pertinentes. 

D’une façon plus générale, la dynamique du marché du travail français traduit le lent retour d’une croissance faible. Il faut une activité plus vive pour durablement et fortement inverser cette fichue courbe. 

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