Puigdemont gagne du temps mais pour quoi faire ?

Le président catalan, Carles Puigdemont, a déclaré l’indépendance de la Catalogne mais s’est empressé de suspendre sa mise en œuvre afin de reprendre le dialogue avec Madrid.

Avait il d’autres choix? Une déclaration d’indépendance était impossible au regard du cadre économique sauf à prendre un risque fort et durable sur le niveau de vie des catalans. C’est ce que j’évoquais dans mon post d’hier (voir ici). Il faut gagner du temps pour mettre en place un cadre économique viable. Cependant une telle stratégie est à risque car les conditions économiques de l’indépendance ne vont pas changer très vite. L’exclusion de l’UE et la fin de l’euro comme monnaie ne pourront se résoudre aisément et rapidement sans l’accord de Madrid. Le choix est donc politique afin de gagner du temps mais au risque de voir l’unité des indépendantistes s’effilocher.

La probabilité d’une véritable indépendance républicaine me semble plus réduite après le discours du président catalan d’autant qu’au delà du dialogue avec Madrid il ne présente pas de pistes pour démarrer la discussion. La posture politique ne suffit pas. Puigdemont gagne du temps mais pour quoi faire?

Situation sans issue en Catalogne?

La situation de la Catalogne est complexe mais le sentiment fort est qu’elle est sans issue.

Les entreprises dont le siège social étaient en Catalogne se localisent ailleurs en Espagne afin de ne pas subir les conséquences de l’éventuelle indépendance catalane. C’est aussi se garantir l’accès au marché unique européen. Il y avait, la semaine dernière, 7 entreprises catalanes côtés à l’indice phare espagnol Ibex 35, il n’y en a plus qu’une.

Les banques Sabadell et CaixaBank se sont exilées afin de pouvoir bénéficier encore des refinancements de la BCE.

L’incertitude est grande puisque l’UE a rappelé que l’indépendance catalane s’accompagnerait d’une sortie de l’UE et donc de la zone Euro. En outre Mariano Rajoy a indiqué la possibilité de mettre en œuvre l’article 155 qui permettrait à Madrid de reprendre les pouvoirs délégués aux régions. Les catalans ne peuvent pas non plus compter sur Madrid pour pouvoir éventuellement intégrer l’UE rapidement puisqu’il faut l’unanimité.

La Catalogne a perdu en l’espace d’une semaine une grande partie de sa substance économique et l’exclusion potentielle de l’UE rend la situation et l’avenir sombre.

On peut toujours argumenter en disant que la Catalogne représente 20% du PIB espagnol et 30% des exportations et qu’elle peut s’en sortir en raison de de ces fondamentaux.

Mais c’est oublier la fin de l’euro pour les catalans, l’absence de monnaie de substitution et l’impossibilité de mettre en œuvre un système monétaire avec une banque centrale dans un temps limité pour pouvoir éviter l’effondrement que serait une situation sans monnaie. C’est aussi un risque qui sera reflété dans le niveau des taux d’intérêt. La Catalogne indépendante ne pourra plus bénéficier de l’arrimage à l’Espagne.

En d’autres termes, l’indépendance qui, on l’a perçu, est avant tout un choix politique est une situation à risque sur le plan économique. Qui voudrait effectivement prendre ce risque de façon rationnelle?

Le risque pour la Catalogne est de se retrouver dans une impasse. Le choix économique de l’indépendance est trop coûteux et se traduirait par de nombreux départs vers le reste de l’Espagne tant du côté des entreprises que des ménages. Il y aurait là une perte de capital physique et humain tout à fait considérable. Cela nuirait dans la durée à la croissance. Mais revenir politiquement dans le giron de Madrid en renonçant à l’indépendance c’est prendre le risque de perdre la face et d’enterrer pour longtemps le désir d’indépendance. Les différents courants indépendantistes retrouveraient alors une grande hétérogénéité (actuellement la coalition indépendantiste estès hétérogène sur le plan idéologique mais avec un but commun. Si ce but disparaît que restera t il de cette unité?)

C’est à ce moment là que Madrid devra renouer le dialogue pour éventuellement modifier la constitution afin de repenser les relations entre la capitale et ses régions. Ce pourrait être un moyen alors de renouer avec l’unité espagnole.