BCE, Politique Monétaire, Allemagne – Ma chronique du lundi

Mario Draghi est un cachottier. Lors de sa dernière conférence de presse , il n’avait pas indiqué le changement de communication que la Banque Centrale Européenne s’apprête à mettre en œuvre à partir du mois de janvier.
La BCE prend enfin en compte la robustesse du cycle économique et sa communication doit s’ajuster à cette inflexion. C’est plutôt une bonne nouvelle, car jusqu’à présent elle donnait le sentiment d’être toujours en mode de réaction face à un environnement qui pourrait se dégrader rapidement. Ce changement renforce la confiance que l’on peut avoir dans l’ampleur du cycle économique et dans sa durée. L’autre point souligné par la BCE est de ne plus se focaliser uniquement sur l’inflation mais d’avoir une communication plus large. Implicitement la BCE élargit son mandat mais dans les faits c’est ce qu’elle faisait déjà. Depuis le début de l’euro en 1999 la BCE cale son intervention sur le cycle économique plutôt que sur l’inflation.  Le graphe ci-dessous retrace l’indice synthétique calculé par Markit et la différence sur 5 mois du taux de refi de la BCE. Les changements de ce dernier sont clairement calés sur les inflexions du cycle et pas tant que cela sur l’inflation.
La BCE renoue avec son comportement d’avant la crise de 2007. Lire la suite

Changements à venir à la tête de la BCE

The European Central Bank is heading for a two-year leadership overhaul that peaks with the selection of a successor to President Mario Draghi, and it will be politics as much as ability that determines who get the jobs.
Five of the ECB’s seven top posts will be vacated by the end of 2019, starting with Vice President Vitor Constancio this June. Among the criteria candidates should bear in mind: being a woman is a plus, and appointing a government minister would break with tradition.
Lire la suite de cette article publié par Bloomberg  ici

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La BCE garde la main sur la politique monétaire

La BCE a adopté comme a pu la faire la Fed une attitude et une communication telles qu’au moment de la décision aucun investisseur n’est surpris. Pour la BCE il n’y a pas eu de surprise sur le fait que le montant des achats allait être réduit. L’incertitude portait sur le montant et la durée mais dans des marges que la BCE avait indiqué dans les minutes de sa dernière réunion. L’objectif est ainsi de modifier ex ante les anticipations des investisseurs pour ne pas prendre le risque d’une surprise lors de la publication de la décision.
Finalement s’il faut chercher une surprise c’est dans le maintien des forward guidance: la BCE continuera d’acheter au-delà de septembre 2018 si le profil de l’inflation ne suit pas ce qui est souhaité par la banque centrale et le taux refi restera au niveau actuel bien après la fin des achats d’actifs (Draghi n’aura peut être pas l’occasion de remonter les taux avant la fin de son mandat en octobre 2019).
La BCE ne veut pas prendre le moindre risque ni créer le risque d’anticipations divergentes par rapport à ce qu’elle souhaite afin de garder la main. Elle conditionne les anticipations par sa forward guidance mais celle ci, si nécessaire, pourra être ajustée non pas sur la pression d’anticipations divergents des investisseurs mais parce que la BCE l’aura décidé. Le rapport de force reste en faveur de la BCE.
Ces points n’ont pas été modifié montrant que l’ajustement des achats (dont la composition n’a pas été discuté) est une mesure finalement assez banale. On notera que Draghi a botté en touche sur le fait que pour certains pays (l’Allemagne) les souches disponibles ne seront pas suffisantes au regard du programme d’achats et que cela posera un problème dans la mise en place effective de celui ci. La souplesse du système sera suffisante pour contourner cet obstacle a indiqué Draghi (La BCE pourra manager le programme d’achat et les réinvestissements pour gérer cette question).

BCE – Réduction des achats

Sur la décision de la BCE

C’est l’option moyenne qui a été retenue par la BCE: 30 milliards pendant 9 mois à partir de janvier 2018. Les achats s’arrêteront en septembre 2018 sauf si la BCE considère que le profil de l’inflation n’est pas compatible avec celui cohérent avec l’objectif de la BCE.
La BCE se donne toujours la possibilité d’accroître le montant des achats et la durée de ceux-ci si cela est nécessaire.
La BCE a, à nouveau, indiqué que la hausse des taux ne se ferait que bien après la fin des achats nets de la BCE donc probablement pas avant la deuxième partie de 2019. De ce point de vue il n’y a pas de changement dans le « forward guidance ».
Dans la décision du jour, les taux sont inchangés.

La BCE a validé aussi le réinvestissement des revenus issus de son portefeuille. Associé au achats nets de 30 milliards cela veut dire que la BCE maintient une orientation très accommodante de sa politique monétaire sachant qu’en raison de la croissance robuste les émissions des Etats seront plus réduites. Pas de hausse des taux longs dans les prochains mois.
La BCE se donne une marge de manœuvre plus importante pour éventuellement arrêter rapidement ses achats après septembre (réduction en sifflet pour terminer en décembre 2018).
La BCE reste toujours très accommodante pour une longue période

 

La monnaie européenne va rester chère (texte in extenso)

L’euro avec une parité de 1,18/1,19 contre le dollar est devenu une monnaie chère. Mais la monnaie européenne s’est aussi renchérie face à toutes les monnaies puisque le taux de change effectif de l’euro est revenu à un niveau qui n’avait pas été observé depuis la fin de l’année 2014. L’alignement des planètes ne peut plus compter sur un euro qui se déprécie. Cela complique la tâche de la BCE puisque l’euro fort permet d’importer de la désinflation, éloignant ainsi la possibilité pour l’inflation de la zone de converger rapidement vers la cible de 2% fixée par la banque centrale de la zone.

On peut faire trois remarques préliminaires.
La première est que la hausse rapide de la monnaie de la zone apparaît comme une restriction monétaire. La politique monétaire est devenue plus contraignante et la BCE doit avoir un message confirmant le souhait d’une politique accommodante dans la durée afin de ne pas renforcer une éventuelle anticipation de changement de cap. La deuxième remarque est qu’un euro fort est cohérent avec l’excédent extérieur très élevé de la zone Euro. C’est la baisse de l’euro qui n’était pas compatible avec cet excédent. La dernière remarque est que le dollar est faible. Son taux de change effectif est à un plus bas depuis la fin de l’année 2016. L’Amérique ne va pas bien.

Une fois ces remarques faites, il y a trois explications pour comprendre ce mouvement des monnaies. Lire la suite