Non en 2018 le PIB de la zone Euro ne rattrapera pas le niveau qui aurait été le sien sans la crise

Ce matin en buvant mon thé j’ai failli m’étouffer. Dommage c’était un excellent lapsang souchong. Je lisais dans un journal qu’avec la croissance attendue en 2018 (2.1%) le niveau du PIB de la zone Euro retrouverait le niveau qui aurait été le sien s’il n’y avait pas eu de crise.
C’est un non sens.
J’ai fait un calcul simple: sur la période du premier trimestre 2000 au premier trimestre 2008 la croissance annuelle moyenne de la zone Euro a été de 1.9% en tendance. Du 2ème trimestre 2009 (point bas de la récession) jusqu’au 3ème trimestre 2017, la croissance annuelle moyenne mesurée en tendance est de 1% et elle est de 1.3% si on calcule exactement du T2 2009 au T3 2017.
Comment peut il y avoir rattrapage si sur la seconde partie le taux de croissance est plus faible que durant la première?
On peut l’illustrer par un graphe qui montre le PIB depuis 2000 et la tendance calculée sur la période allant de 2000 au premier trimestre 2008 puis prolongée jus’au dernier trimestre disponible. Le dernier point de cette tendance (en rouge sur le graphe)  est le niveau du PIB de la zone Euro qui prévaudrait aujourd’hui si celui ci avait suivi la tendance observée avant la crise. L’écart avec le PIB (en violet) est considérable à la fin 2017. Même si l’on ajoute 2.1% en 2018 l’écart restera conséquent puisque la tendance continue de croître au rythme de 1.9%.
L’écart mesurée en % entre le PIB observé et la tendance est de -10.9% au troisième trimestre 2017. C’est considérable.
On lit des trucs parfois qui laissent rêveur.
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Investissement public en France: le changement de 2018

La rupture dans la note de conjoncture de l’INSEE c’est le retour de l’investissement public en 2018. C’était un signal attendu pour imaginer, en créant une incitation supplémentaire sur l’investissement privé, que la croissance potentielle puisse repartir durablement à la hausse.
Cette inflexion est en phase avec le plan d’investissement présenté par Jean Pisani Ferry qui doit permettre de se focaliser sur les compétences, l’innovation, la dynamique du numérique mais aussi principalement (en montant) la transition écologique. C’est une rupture après les 10 années qui viennent de s’écouler durant lesquelles l’investissement public a été, comme dans tous les pays développés, une source d’ajustement des dépenses publiques. Le rebond est cependant encore insuffisant pour être satisfaisant. C’est une première étape.
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L’investissement public a un rôle majeur dans la dynamique de l’innovation car l’Etat est le seul acteur de l’économie à ne pas avoir d’aversion au risque car il ne doit pas avoir de contrainte immédiate de rentabilité. Il peut donc se lancer dans des projets non viable financièrement par le secteur privé pour permettre de développer une technique qui sera dans le futur exploité par le secteur privé qui fera des brevets trouvés un objet commercial.

L’économie française en 6 graphes

La croissance française est repartie à la hausse depuis le début de l’année 2013. En 2011 et 2012, elle avait fait du sur-place, reflet des politiques d’austérité tant sur le plan budgétaire que monétaire (2 hausses de taux d’intérêt en avril et juillet 2011 pour une inflation fantôme).
La France est dans une phase de rattrapage sur l’emploi et l’investissement. L’emploi privé ne reprend cependant qu’en 2015. L’investissement insuffisant par le passé pénalise la croissance actuelle.

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La raison de cette reprise est la mise en place de politiques économiques accommodantes (neutre sur le plan fiscal et franchement accommodante sur le plan monétaire), d’un prix du pétrole divisé par 2 depuis l’été 2014 et d’un euro moins cher.
Ces éléments appliqués à la zone Euro ont créé un environnement favorable à l’économie française. Ce phénomène a été accentué depuis le début 2017 par une reprise du commerce mondial.

La croissance française est cependant en ralentissement tendanciel comme le montre le profil de la croissance potentielle de l’économie française. D’un peu plus de 2% dans les années 80 et 90, elle n’est plus que de 1.2% selon les estimations convergentes de nombreux instituts. (ce profil de la croissance potentiel n’est pas spécifique à la France. Les autres pays ont une allure similaire (voir le graphe en annexe))

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La croissance récente s’est accélérée mais elle est déjà bien au-dessus du potentiel. Cela implique qu’à court terme la possibilité d’une accélération de l’expansion est réduite même si l’écart peut se maintenir. Une demande supplémentaire se traduirait par des tensions excessives sur l’appareil productif et des importations en plus. Il y a quelques trimestres, dépenser davantage du côté de l’Etat, avait du sens. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

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