La situation allemande crée un risque majeur pour l’Europe

L’Europe est dans une position inconfortable après l’échec dans la mise en place d’un gouvernement de coalition en Allemagne.
Jusqu’à présent, Angela Merkel menait la négociation pour un gouvernement regroupant les deux volets du parti conservateur (CDU et CSU), les libéraux (FDP) et les verts.
Cette négociation a échoué en raison de positions opposées sur l’écologie (ampleur de la réduction de CO2 et comment y parvenir), les flux migratoires (sur le plafond de 200 000 réfugiés par an et sur le regroupement familial), la fiscalité (impôt de solidarité pour continuer le financement de l’Allemagne de l’est et opposition du FDP à un budget européen proposé par Emmanuel Macron) et l’éducation.
Cet échec change la donne en Allemagne car Angela Merkel n’est plus maître du jeu. Elle l’était jusqu’à présent comme leader du principal parti politique pour former un gouvernement. L’incapacité de trouver un terrain d’entente la remet dans le rang et c’est désormais le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui est maître du jeu.
Il n’a pas voulu, pour l’instant, trancher pour de nouvelles élections. Deux autres solutions sont possibles, soit une coalition avec le parti social-démocrate (SDP) qui pour l’instant a refusé soit un gouvernement minoritaire qui est souvent gage d’instabilité.

La situation est donc confuse en Allemagne et c’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe car les préoccupations vont désormais principalement se tourner sur des questions domestiques et pas sur les réformes européennes que Merkel avait laissé espérer.

L’optimisme européen de ces derniers mois reflète une dynamique plus robuste de l’activité et l’anticipation de réformes des institutions européennes visant à pérenniser sa construction. Lire la suite

La croissance allemande en 3 graphes

Croissance de 0.4% (1.7% en taux annuel) en Allemagne au dernier trimestre après 0.1% en T3 soit 1.8% pour l’année 2016. L’acquis pour 2017 à la fin de 2016 est de 0.5%. Il était de 0.5% aussi à la fin 2015 pour 2016.
La demande interne a un rôle majeur dans la croissance et notamment les dépenses publiques dans la lignée de ce qui est constaté depuis le T1 2015. Depuis cette date la contribution moyenne des dépenses de gouvernement est de 0.7% pour une croissance moyenne de 1.5% soit près de la moitié. (Chiffres jusqu’au T3, le détail du T4 n’est pas encore disponible)
La construction a aussi progressé rapidement. Il faut y voir l’impact de la prise en charge des réfugiés. Le commerce extérieur a eu un impact négatif.
Cette forme plus autonome de la croissance a un impact positif et durable sur l’activité en zone euro.

 Le premier graphe montre la stabilité du cycle allemand avec une tendance stable sur l’ensemble de la période contrairement à ce qui a été observé dans les autres pays. Cela tient à l’absence de la rupture de la demande interne constatée partout ailleurs.
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Le deuxième graphe montre le renforcement de la demande interne au cours des derniers trimestres. La contribution cumulée du commerce extérieur ne progresse plus alors que celle de la demande privée et celle des dépenses gouvernementales progressent rapidement. Il y a là un changement dans le mode de fonctionnement de l’économie allemande. Cela n’est probablement pas étranger à l’amélioration de la conjoncture de la zone Euro
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Le troisième graphe montre la contribution des dépenses gouvernementales à la croissance trimestrielle du PIB depuis 2015.
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Allemagne: Une économie qui change

Les 3 principales enquêtes relatives à l’Allemagne pour le mois de mars ont été publiées ce jour.
Le graphe ci-dessous retrace le profil de ces 3 enquêtes. Les données sont centrées et réduites afin d’être comparables. Pour chacune des enquêtes, 0 est la moyenne historique et l’écart-type est de 1 (les indices évoluent principalement dans la zone -1 +1
On constate que, pour les trois enquêtes, le point haut est certainement passé. Lire la suite

Croissance de 0.3% en France et en Allemagne au T3

La croissance en France et en Allemagne a été de 0.3% au 3ème trimestre (1.2% en taux annualisé). Au printemps la croissance française avait été nulle et elle était de 0.4% en Allemagne. 
L’acquis de croissance pour 2015 est de 1.1% en France et de 1.4% en Allemagne (croissance en 2015 si le PIB au 4eme trimestre restait au niveau du troisieme).

En France la consommation est plus robuste et l’investissement des entreprises est solide. Les dépenses publiques courantes ont aussi été un support. En revanche, l’investissement logement est toujours pénalisant pour la croissance ainsi que l’investissement public. Le commerce extérieur a une contribution très négative en raison de la contraction des exportations (après un T2 fort). Les stocks ont contribué nettement à la croissance en compensant l’effet négatif du commerce extérieur.
En résumé la demande interne a une contribution de +0.3%, les stocks de +0.7% et le commerce extérieur de -0.7%.

En Allemagne, la consommation des ménages et les dépenses publiques ont soutenu l’activité. Cependant l’investissement s’est contracté et le commerce extérieur a eu une contribution négative (on ne dispose pas encore du détail chiffré en Allemagne).

Pour l’ensemble de l’année la croissance francaise sera de 1.2% et en Allemagne de 1.5%. La dynamique francaise est encore en dessous de sa tendance d’avant crise alors que l’Allemagne est un peu au dessus.
Cette dynamique plus autonome en zone euro avec un effet rattrapage sur les dépenses internes devrait, avec un prix du pétrole toujours bas, s’accélérer en 2016 avec une hausse plus marquée de l’investissement des entreprises. Certes le commerce extérieur va peser car le reste du monde n’est pas tres dynamique mais la demande interne peut compenser largement si elle est accompagnée d’une politique monetaire très accommodante, c’est l’option prise par Mario Draghi et la BCE, et d’une politique budgétaire qui doit contribuer davantage. Elle commence à le faire en France et en Allemagne mais il faudrait aller plus loin via l’investissement public.