Hausse des taux obligataires en Chine – Faut-il s’en inquiéter?

Ecrit en collaboration avec Zouhoure Bousbih

Cette semaine, le marché obligataire chinois a de nouveau été sous pressions vendeuses. Le rendement des emprunts d’état chinois à 10 ans a encore une fois flirté avec les 4%, un plus haut depuis 3 ans.
La Pboc (banque centrale) est intervenue deux fois cette semaine en injectant des liquidités sur le marché, pour un montant total de 810 Mds yuans soit 122 Mds $, la plus importante injection depuis la mi-janvier.
Chine-taux 10ans

Faut-il s’inquiéter ?
Non. Le mouvement s’est amorcé juste après la fin de la réunion du P.C.C ( fin octobre) où les autorités chinoises ont clairement indiqué qu’elles allaient continuer leur lutte contre l’endettement élevé, i.e la finance de l’ombre. Cela a provoqué de la part des détenteurs des obligations d’état chinoises, de massives ventes, notamment des fonds communs de placement qui sont les seconds plus gros détenteurs d’emprunt d’état chinois. Ces derniers craignent un resserrement des conditions financières.

Les taux d’intérêt chinois ont été bas jusqu’à présent à cause la politique monétaire accommodante de la Pboc. L’orientation n’a pas changé mais l’action de la politique monétaire chinoise est devenue plus ciblée.

La Pboc est intervenue sur le marché en injectant des liquidités afin de réduire la volatilité et continuera d’intervenir en cas de nécessité afin de corriger les excès des marchés financiers.
La banque centrale chinoise doit trouver un équilibre entre sa lutte contre l’endettement élevé et la stabilisation des marchés financiers chinois pour ne pas pénaliser l’activité économique.

Est-ce que cela remet en cause l’attrait du marché obligataire chinois pour les investisseurs internationaux ? et la volonté des autorités chinoises d’ouvrir leur marché obligataire ?
A 4% les obligations d’état chinoises restent attractives par rapport à leurs homologues des pays développés. Et surtout le yuan est resté stable. La volonté de la Chine de lutter contre l’endettement élevé est plutôt un signal positif envoyé aux investisseurs internationaux. La Chine ne reculera pas  sur l’ouverture de son marché obligataire aux investisseurs internationaux  à cause de l’internationalisation du yuan. L’activité économique chinoise reste correcte. Ce n’est qu’un moment de turbulences à passer…

 

 

Le cycle économique en France et la politique économique

La croissance française sera de 1,8% en 2017 et de 1,7% en 2018. Ces chiffres apparaissent aujourd’hui plutôt fort puisque de 2013 jusqu’au 3ème trimestre de 2017 la croissance tendancielle de l’économie française a été d’un peu plus de 1,1% en rythme annualisé. C’est donc un bon cru. Cependant, la comparaison avec la période d’avant-crise est cruelle. De 2000 à 2008 la croissance tendancielle de l’économie française était de 1,8%. Elle pouvait donc aller bien au delà de ce chiffre de 1,8% qui apparaît aujourd’hui comme le point haut du cycle.

Une telle situation cyclique donnait des degrés de liberté pour tous car la croissance pouvait ainsi aller bien au-delà de cette tendance (elle était ainsi de 4% en 2000). Dans la mise en œuvre de la politique économique française, ce point haut du cycle n’était généralement pas perçu comme une opportunité pour adopter une stratégie plus restrictive. Collectivement, les Français ont été incapables de réduire les déséquilibres lorsque la croissance était très forte, notamment sur le plan budgétaire. La cagnotte, concept budgétaire français inventé dans les périodes de croissance élevée, permettait de justifier toute sorte de dépenses puisque les recettes avaient augmentées. Lire la suite

Interrogations sur la politique monétaire britannique

La Banque d’Angleterre (BoE) a remonté son taux de référence de 25bp à 0.5%.
L’idée derrière cette décision est double:
1 – la tendance à long terme de l’économie britannique est plus réduite que par le passé et le Brexit a accentué ce phénomène. Cela veut dire que le risque de surchauffe s’observe à un niveau plus bas que par le passé et que le niveau d’intervention de la BoE est plus bas que par le passé. Cela implique un taux d’intérêt d’équilibre plus réduit que par le passé.
Néanmoins, si le Brexit pèse dans la durée il ne crée pas de rupture selon la BoE. (ceci peut se discuter) Lire la suite

Jerome Powell, Président de la Federal Reserve

La nomination de Jerome Powell à la présidence de la Federal Reserve américaine n’a pas engendrer de rupture du côté des investisseurs*. Jusqu’à présent il était dans la ligne de Janet Yellen sur la macroéconomie et sur les orientations de la politique monétaire. Néanmoins il apparaît un peu plus favorable à un retour en arrière sur la réglementation financière et bancaire.   C’est une différence de taille avec Yellen.
Il peut donc être perçu comme voulant maintenir des taux d’intérêt bas dans la suite de la politique monétaire actuelle tout en allégeant la réglementation. Il n’est pas étonnant qu’il n’y ait pas eu de mouvement de défiance à Wall Street. C’est aussi un cadre qui est proche de celui que dessine Donald Trump.

Cependant, l’analyse ne peut s’arrêter là. Il n’est pas un spécialiste de la politique monétaire au moment où la Fed s’est engagée dans la plus formidable normalisation monétaire de son histoire. Elle a commencé à augmenter ses taux d’intérêt pour retrouver des marges de manoeuvre et à réduire la taille de son gigantesque bilan tout en voulant maintenir le taux de chômage à un niveau très bas et l’inflation proche de 2%. Satisfaire à l’ensemble de ces objectifs va être une tâche extraordinaire pour la banque centrale américaine.  Lire la suite