Quelle crédibilité pour les taux d’intérêt prévus par la Fed en Septembre?

Lors de la réunion de la Banque Centrale Américaine les 19 et 20 septembre, ses membres ont dessiné le profil du taux d’intérêt de référence pour la banque centrale qu’ils anticipent pour les années à venir jusqu’en 2020. Dans ce schéma, il y aura une hausse de taux d’intérêt en 2017, trois en 2018, 2 en 2019 et 1 seule en 2020. Il serait alors de 2.875% contre 1.125% actuellement. Généralement, les profils publiés par la Fed sont excessifs, la banque centrale tentant d’infléchir dans le sens souhaité les anticipations des investisseurs.

On constate cet excès dans les prévisions en lisant les projections récentes pour 2016 et 2017. En décembre 2015, le taux en fin d’année 2016 était anticipé à 1.375%, ce sera finalement 0.625%. Pour 2017, toujours en décembre 2015, le taux attendu était de 2.375%, mais à 1.375% en juin 2016. Il est actuellement à 1.125% et sera si l’on suit les prévisions de la Fed à 1.375% à la fin de l’année.

La particularité de ces prévisions comme celles de décembre prochain est qu’elles sont les dernières de la gouvernance actuelle avant un changement probablement radical de la composition du board de la Federal Reserve à Washington. Dès lors est ce que la nouvelle instance de la Fed sera engagée par les anticipations des membres actuels? Sûrement pas.

Reprenons ; le board est constitué de 7 membres dont la présidente Janet Yellen. Actuellement 3 sièges sont vacants : deux parce que le Congrès américain n’avait pas, à l’époque validé les choix de Barack Obama (dont Peter Diamond, prix Nobel d’économie) et un supplémentaire depuis le départ récent (5 avril 2017) de Daniel Tarullo. Les membres restant sont encore là pour un bon nombre d’années. Janet Yellen dont le mandat de présidente s’arrêtera le 3 février 2018 sera encore membre du conseil jusqu’au 31 janvier 2024. Stan Fischer le vice-président a un mandat qui court jusqu’au 12 juin 2018. Jerome Powell est au conseil jusqu’au 31 janvier 2028 et Lael Brainard voit son mandat arriver à échéance le 31 janvier 2026.

Les membres actuels du conseil étant majoritaires on pouvait imaginer que la politique mise en place dans le futur serait dans la continuité des choix faits actuellement notamment lors de la réunion de la dernière réunion (je fais l’hypothèse vérifiée aux USA que le comité de la politique monétaire qui intègre aussi des présidents de Fed régionales suit les choix du président même si un ou deux contestent).

Ce sera un peu plus compliqué puisque Stan Fischer a annoncé sa démission pour le 13 octobre. Dès la réunion du 31 octobre et 1ernovembre il ne siègera plus autour de la table.

Donald Trump va devoir nommer 4 membres sur les 7. Il aura potentiellement une banque centrale dont la stratégie sera définie par les hommes qu’il aura choisis. Il y aura parmi les 4 le nouveau président de la Federal Reserve. Je doute que ce soit à nouveau Janet Yellen même si le déjeuner de celle-ci avec la fille du président américain a été cordial. L’influence d’Ivanka Trump dans le choix du président de la Fed semble limitée. Le nouvel équilibre donne en effet d’importantes opportunités au président américain pour imprimer à la Fed la marque qu’il peine à mettre dans son association avec sa majorité républicaine du congrès.

Dès lors, et c’est ce que le marché a à l’esprit, il est probable que le profil des taux sera plus réduit que ce qui est dit actuellement par la banque centrale. La volonté de Trump de maintenir des taux d’intérêt bas, ce qu’il a souvent évoqué pour faciliter les financements à bas prix, va conditionner le choix qu’il fera pour les 4 nouveaux membres (un est déjà nommé et attend sa confirmation par le Congrès. C’est Randal Quarles un banquier privé). Dès lors le profil des taux restera bas et l’on ne pourra pas attendre une remontée de l’ensemble de la structure des taux au cours des prochains mois. C’est pour cela qu’en dépit de taux prévus plus élevés par la Fed la parité euro contre dollar n’a quasiment pas bougé.
Un point cependant reste celui des 4 nominations et de leur validation par le Congrès. Actuellement Donald Trump semble s’entendre mieux avec les démocrates sur les sujets importants (plafond de la dette publique, situation des Dreamers). Pourra-t-il compter sur les républicains pour valider ses choix?

Si la volonté de Trump de maintenir des taux d’intérêt bas est ce qui conditionne ses choix pour le nouveau président et ses collègues alors il est peu probable que la Fed bascule sur la mise en place d’une règle de politique monétaire pour fixer le taux des fed funds. La Fed conserverait sa capacité de jugement contrairement à ce que souhaitent certains républicains du congrès. Un calcul que j’ai fait prend en compte l’inflation et le chômage. En prenant des paramètres estimés sur la période de référence 1990-2007 alors le taux des fed funds serait à 4.3% en août 2017 soit bien au-delà du chiffre de 1.125% qui est le niveau actuel du taux de référence de la banque centrale.

Tout cela milite pour le maintien de taux d’intérêt bas encore un bon moment, y compris aux USA.

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Ceci est ma chronique hebdomadaire publiée par Forbes et disponible ici dans sa version originale