La croissance, contrainte du nouveau président français

Cet article a été publié le 31  mars sur le site de http://www.Forbes.fr sous le titre «Le Nouveau Président Français Et La Croissance A 1%» Il est disponible ici

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Le nouveau président de la République Française sera confronté à une économie dont la croissance est, spontanément, proche de 1%. C’est le chiffre moyen constaté depuis le début de l’année 2013. Son challenge sera de s’écarter durablement de cette trajectoire afin de créer suffisamment d’emplois, pour réduire le chômage, et pour générer des revenus supplémentaires afin de financer le système social de façon plus efficace et plus complète.

Bien sûr chaque candidat est plutôt optimiste sur le profil attendu de la croissance. En 2021/2022 le chiffre moyen serait un peu inférieur à 2%. En 5 ans, le nouveau président fait l’hypothèse qu’il pourrait presque doubler le taux de croissance de l’économie française. C’est très ambitieux.

Au regard des profils de croissance attendus et des hypothèses faites par les différents candidats, la crise, qui dure depuis presque 10 ans, n’aurait eu finalement qu’un effet transitoire puisque l’économie pourrait, à la fin du nouveau quinquennat, converger vers sa tendance antérieure, celle d’avant crise. C’est une analyse qui est certainement fausse; l’économie française a été durablement affectée par cette crise. Comme la plupart des économies occidentales, elle a subi des chocs forts et persistants qui ont eu raison de sa dynamique de croissance. Les Etats-Unis, le Royaume Uni et d’autres connaissent une situation similaire. La croissance lente n’est pas un phénomène spécifique à la France et les autres pays tardent aussi à trouver la solution pour retrouver l’allure d’avant crise.

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Au regard des chiffres de l’économie française, les projections des candidats montrent une forte dose de volontarisme car spontanément ce n’est pas vers 2% que converge l’économie. L’indicateur pertinent ici est le PIB par emploi. Cette mesure de la productivité est importante car la croissance peut s’exprimer comme la somme des gains de productivité et de la croissance de l’emploi. Une productivité dont la croissance est trop réduite ne permet pas une expansion vive du PIB.

Cette mesure de la productivité s’étiole progressivement en France comme dans la plupart des pays occidentaux. La présentation est faite sur la base d’une croissance moyenne sur 5 ans afin d’éviter les fluctuations excessives de court terme et observer ainsi son orientation tendancielle. A la fin de l’année 2016, cet indicateur a une progression inférieure à 0.5% sur les 5 dernières années. C’est bien inférieur à ce qui était observé par le passé; on constate le changement de tendance depuis le début de la crise. Jusqu’en 2007, la productivité augmentait d’un peu plus de 1% par an.
Ces gains de productivité traduisent la capacité de l’économie française à engendrer un surplus qui pourra être réparti en emplois, réduction du temps de travail ou revenus (pour le salarié et/ou pour l’entreprise). Le surplus à partager est désormais très réduit. Si la productivité ne retrouve pas une allure plus robuste on peut douter que les chefs d’entreprise accentuent les créations d’emplois puisque le surplus généré par les gains de productivité serait insuffisant.

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Sur un autre plan, le profil de cette productivité n’a pas du tout l’allure observée lors des sorties de récessions précédentes. Sur le dernier graphe on observe le profil de la productivité après la récession liée au premier choc pétrolier, puis celui relevé lors de la crise du Système Monétaire Européen et enfin celui constaté depuis 2007. Après 1974 et après 1992, le PIB par tête a rapidement retrouvé une allure haussière. Ce n’est pas du tout le cas dans le cycle actuel.

Ce graphe montre que spontanément l’économie française n’a plus la capacité à croître très rapidement. L’amélioration constatée dans la croissance du PIB est à peine visible dans celle de la productivité. La structure productive de l’économie française manque de capacité à rebondir et à retrouver une allure robuste. Cela reflète un investissement qui a été insuffisant. Cela ne date certainement pas de la crise en elle-même. Avant 2007, la croissance de l’économie française était réduite alors que l’économie mondiale tournait à plein. En d’autres termes, l’économie française parvenait à peine à retrouver sa croissance moyenne de long terme alors que le monde progressait à une allure très vive. Les difficultés datent de cette période. La crise de 2008/2009 n’a fait qu’accentuer cette dynamique insuffisante, réduisant ainsi les incitations à investir.

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On  voit bien qu’aujourd’hui ce n’est pas une question de demande. L’appareil productif manque de capacité à croître spontanément. C’était une question de demande en 2011, 2012 et 2013 lorsque les gouvernements successifs ont mis en place des politiques d’austérité. Une politique de demande aurait, à l’époque, permis de soutenir l’investissement et de ne pas se retrouver dans la situation actuelle.

On voit bien ici les difficultés que provoquerait la sortie de la France de la zone Euro. L’incertitude associée au nouveau cadre monétaire se traduirait par un report supplémentaire de l’investissement et une réduction de la productivité. Le surplus serait  encore plus réduit et la seule solution serait alors une fuite en avant avec la création d’importants signes monétaires (ce qui serait possible puisque la Banque de France financerait en direct le déficit public si l’on suit le programme accompagnant la sortie de la zone Euro par la France ). Cela engendrerait alors une dynamique instable et pénalisante pour l’économie française.

Pour converger vers une trajectoire plus élevée il faut encourager l’investissement privé afin de renouveler et moderniser l’appareil productif. Mais pour cela il faut qu’il y ait une impulsion. L’amélioration de la profitabilité n’est pas une condition suffisante pour caler l’investissement sur une trajectoire plus élevée. Il faut une source de dynamisme qui ne peut venir que de l’investissement public. Celui-ci fonctionne sur des ressorts différents de l’investissement privé et c’est pour cela qu’il faut utiliser ce levier.

Le challenge sera fort pour le nouveau président. Il devra caler l’économie française sur une trajectoire plus élevée que le 1% constaté aujourd’hui. Cependant, il faudra renouveler l’appareil productif de façon significative pour améliorer la productivité du système et lui donner une capacité à croître. Le moyen le plus efficace sera, comme par le passé, d’utiliser l’investissement public. Si l’économie française ne décolle pas de ce 1% alors la dynamique de l’emploi et des revenus serait insuffisante et le financement du système social plus difficile. L’enjeu est donc de taille.