La démondialisation sera-t-il le mot de 2017?

Le référendum sur le Brexit au Royaume Uni et l’élection de Donald Trump ont mis en avant l’idée d’une remise en cause de la globalisation. La démondialisation serait en marche et consisterait en un processus de remise en cause de la longue phase durant laquelle les frontières ont eu tendance à s’estomper.

Depuis la seconde guerre mondiale les échanges internationaux se sont accrus à un rythme rapide, généralement au double de la progression de l’activité globale. Cette dynamique s’est, cependant, nettement atténuée. Depuis l’automne 2011 le rythme de progression des échanges ralentit un peu plus chaque année. Ainsi si de 1992 à 2007 le commerce mondial en volume était en hausse en moyenne de 7% l’an, il n’augmentait que de 0.8% en septembre 2016 par rapport à septembre 2015. C’est ce changement fort et durable qui souvent est le signal suggérant la démondialisation. Les échanges ne se développant plus aussi vite, le processus est en phase d’inversion. C’est cette dynamique plus réduite des échanges et la mise en place de mesures plus protectionnistes qui sont au coeur des discussions sur la démondialisation. L’économie globale changerait alors de mode de fonctionnement de façon spectaculaire . 

Cependant, ce qui a changé profondément au cours des dernières années est la géographie de la production. La chaine de valeur globale a été modifiée en profondeur. De nombreux produits sont fabriqués désormais en faisant appel à une somme importante de productions locales dispersées dans de nombreux pays. Par le passé, ces phénomènes se concentraient au sein des pays développés. Aujourd’hui, les pays en développement ont pris une part significative dans cette chaine de valeur. Il résulte de ce processus une dissociation entre les lieux de la production et les lieux de la consommation. Cette dynamique s’est accompagnée de transferts de technologies importants. L’idée de la démondialisation laisserait supposer que ces productions pourraient être rapatriées au sein des pays développés redonnant ainsi l’emploi industriel perdu par ces derniers. Cette idée laisserait à penser que l’intensification des échanges a été au cœur de la désindustrialisation des pays développés. Il suffirait alors d’une volonté politique forte pour contrecarrer ces évolutions globales quitte à mettre des barrières douanières ou toute sorte de contrainte pour favoriser l’activité interne au détriment de la production à l’étranger. C’est ce que l’on a entendu lors de la campagne de Donald Trump et que l’on entend aussi fréquemment en Europe.

L’analyse n’est hélas pas aussi simple. D’abord parce que les échanges et le commerce mondial ne sont pas à blâmer de façon excessive. La réduction de l’emploi industriel est antérieure à l’arrivée massive de la Chine sur le marché international. L’économie des pays développés étaient alors encore très autonome et peu concurrencé par les pays émergents. Mais c’est à cette époque, dans les années 80, que l’emploi industriel est concurrencé par des innovations technologiques et que son érosion commence. Le choc chinois accentuera ce phénomène sans pour autant en expliquer l’ampleur.

Cela implique qu’imaginer retrouver de l’emploi industriel de grande ampleur par la fermeture des frontières est illusoire et correspond à une sorte de nostalgie.

C’est illusoire car à la chaine de valeur globale est associé un savoir-faire qui n’est plus disponible dans les pays occidentaux et qu’il serait long et coûteux de se réapproprier. En outre, les pays détenteurs de ce savoir faire, l’Asie notamment, n’ont aucune envie de voir se mettre en place une logique inverse. Si c’était le cas, il faudrait s’attendre à des mesures de représailles de grande ampleur. Car ce développement des pays émergents résultant de l’intensification des échanges a permis de sortir de la pauvreté des millions de personnes. Aucun pays n’a réellement envie d’inverser cette tendance au sein des émergents.

C’est illusoire aussi car on perçoit une pointe de nostalgie dans l’ensemble de cette vision d’une politique industrielle à l’ancienne. On a toujours la perception que les cols bleus vont revenir garnir les chaines de production dans les usines. Hélas cette période est révolue. Les usines modernes ne comptent plus beaucoup de cols bleus et surtout le nombre d’emplois créés est faible par rapport à ce que l’on imagine quand on se rappelle l’industrie du passé, même d’un passé récent.

L’effet redistributif que l’on attribuait à l’industrie ne fonctionnerait pas non plus de la même manière que par le passé. Dans les années 60, les gains de productivité dans l’industrie étaient redistribués via les salaires des cols bleus. Aujourd’hui, les gains de productivité ne sont plus distribués de la même façon puisque le nombre de cols bleus est réduit. Ils sont redistribués soit en réduisant les prix des produits soit de façon plus vraisemblable en étant captés par les détenteurs du capital provoquant ainsi un biais dans la distribution des revenus.

C’est illusoire aussi car la dynamique industrielle se retrouve désormais davantage dans les pays émergents, en Asie particulièrement, et que cela donne à ces régions un avantage comparatif important. Le graphique illustre ce phénomène. Depuis le premier semestre 2008, la production industrielle mondiale a augmenté de 15% en date de septembre 2016. Les différentes régions du monde sauf une ont un niveau de production proche ou inférieur à celui des 6 premiers mois de 2008. Les USA sont au même niveau que la référence de 2008, la zone Euro 8% plus bas et le Japon 15% en-dessous. L’Asie est à 179. La production s’est développée là-bas. Cela engendre une incitation forte pour aller s’y installer puisque le dynamique de croissance s’y trouve.

Plutôt que de vouloir fermer les frontières et contraindre l’économie mondiale, il serait préférable de favoriser le développement local et mettre ainsi en place les conditions pour redonner aux pays occidentaux les capacités de créer leur propre dynamique de croissance. On peut faire deux remarques sur ce point

La première est qu’il y a aujourd’hui une dissociation forte entre le lieu de l’innovation et l’exploitation de celle-ci. C’est ici l’exemple du paiement par téléphone qui s’est développé rapidement dans de nombreux pays africains, bien plus rapidement qu’en Europe. Pourtant il n’y a pas l’équivalent de la Silicon Valley mais la possibilité d’utiliser et de façonner les technologies inventées ailleurs. C’est en cela que l’économie est innovante et que la chaine de valeur globale s’est déformée de façon spectaculaire. Si les pays occidentaux contraignent les flux en provenance des pays émergents, cela n’empêchera pas ceux-ci de se développer de façon autonome. Dès lors pour en profiter les pays occidentaux auront tout intérêt à faire partie de la dynamique globale.

La seconde remarque est que si les pays développés veulent retrouver une place plus confortable à l’échelle globale ils doivent se focaliser sur le secteur des services qui représente 80 % de l’activité et de l’emploi. S’ils veulent concurrencer les pays émergents, très forts sur le secteur manufacturier, les pays occidentaux doivent développer des spécificités sur les services quitte à créer une phase de troisième globalisation, pour reprendre le terme de Richard Baldwin, où la technologie permettra de piloter des services dans un autre pays depuis son pays d’origine. On pourrait toujours fabriquer des téléphones portables ou tout autre bien technologique mais le ferait on de façon aussi efficace et serait on prêt à payer le prix cher pour ce rapatriement? On peut en douter. En outre si démondialisation se met en place par des mesures contraignantes, les pays contraints ne manqueront pas de mettre en place des représailles de toute sorte. Peut-on se développer rapidement si l’on ne dispose plus de l’accès à des produits technologiques puissants, de qualité et pas chers? Non sûrement pas. C’est cette interdépendance qui aujourd’hui conduit le monde économique.

Les pays occidentaux ont d’autres capacités que celle associées au secteur manufacturier. A eux de devenir encore plus fort dans les services afin de disposer d’un avantage comparatif qui sera décisif. C’est sur ce terrain que les pays développés deviennent forts, sinon personne ne les attendra car la croissance aujourd’hui est ailleurs, en Asie principalement. On ne peut plus faire appel aux figures du passé, il faut prendre en compte la nouvelle géographie de l’économie et savoir en tirer avantage via les services. L’utilisation de la technologie sera essentielle quelle que soit l’origine de celle ci.

La démondialisation est ainsi une idée qui semble vieille avant même d’avoir existé. Le mot existera en 2017 mais il ne sera vivant que sur les estrades politiques et non dans la réalité économique du quotidien.

2 réflexions au sujet de « La démondialisation sera-t-il le mot de 2017? »

  1. Avec la robotique et l.intelligence artificielle les pays occidentaux peuvent reindustrialiser leur économie. Cela reviendra encore moismns cher que de.faire fabriquer en asie. Moins main d’oeuvre, moins de stock, meilleurs rendement, moins de pollution, moins de transport. La priorite est s’investir dans la recherche fo.damentale et davoir suffisement de caitaux pour développer les produits et leur production sur place. Pour notre indépendance technologique nous devons rappatriller l’électronique.

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