Les taux d’intérêt après Trump: une hausse durable

L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche crée une rupture sur le profil et le niveau des taux d’intérêt.
Le mouvement haussier observé juste après la publication des résultats ne sera pas temporaire. Il va rester et s’amplifier. L’incidence sur la zone Euro sera significatif.

Pour comprendre, reprenons le modèle macroéconomique à l’œuvre avant l’élection.
En zone Euro et aux USA le constat est celui d’une demande privée insuffisante pour permettre de retrouver une allure de croissance satisfaisante. Dès lors, et parce que les politiques budgétaires sont neutres, les politiques menées par les banques centrales doivent être très accommodantes.
Si la demande privée est trop faible il faut inciter les acteurs de l’économie à dépenser maintenant plutôt que demain. Des taux d’intérêt très bas sont une incitation pour limiter le transfert de richesse entre aujourd’hui et demain, assurant ainsi un support pour des dépenses immédiates. Les modèles américain et de la zone Euro étaient cohérents sur ce point et le rapport de force était équilibré entre les deux régions. C’est aussi pour cela que la Fed n’avait pas d’incitations fortes à remonter son taux d’intérêt de référence car sa demande privée restait réduite.

L’arrivée de Donald Trump modifie en profondeur cet équilibre.Dans son programme, et cela dès 2017, il y a la volonté de baisser la fiscalité tant du côté des ménages que des entreprises. La demande privée va être dopée par cette mesure. En conséquence, la nécessité pour la Fed de maintenir des taux très bas pour soutenir la demande privée n’est plus aussi forte.
L’équilibre du modèle de croissance change aux USA. La demande va augmenter plus rapidement redonnant ainsi à la Fed des marges de manœuvre dans la gestion de sa politique monétaire.
Le modèle de croissance plus équilibrée se traduira par des taux d’intérêt plus élevés dans la durée. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les questions sont réglées mais que la demande insuffisante qui pénalisait la croissance et l’investissement sera résolue au moins temporairement.

L’équilibre des forces va changer entre les USA et la zone Euro. Car cette dernière n’a pas résolu son problème de demande, son modèle de croissance n’a pas évolué même si la commission européenne apparaît moins rigide.
En conséquence, toute remontée des taux américains aura un impact sur le niveau des taux européens. Or cette situation est complexe pour l’Europe  puisque l’écart de taux entre les USA et l’Allemagne est au plus haut (voir graphe). Y aura-t-il un écartement supplémentaire et donc un nouveau cadre de référence? Ou cela passera-t-il par une baisse de la monnaie européenne?  Car la zone Euro ne peut pas pour l’instant tolérer des taux d’intérêt plus élevé, son cycle n’est pas très éloigné de son pic.
La BCE va devoir communiquer sur ces différents points pour éviter que les taux européens suivent de trop près les taux américains qui eux seront plus élevés dans la durée. C’est pour cela notamment qu’elle prolongera son operation de quantitative easing afin de maintenir et d’accroître le matelas de liquidités permettant d’amortir les chocs liés à des taux d’intérêt américains durablement plus élevés. En attendant que la politique budgétaire prenne le relais!!!!

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