A nouveau sur le PIB par tête

Mon post d’hier (ici), sur le PIB par tête au Royaume Uni, a suscité pas mal de réactions .
Quelques éléments de réponse
1 – Je n’ai pas indiqué qu’il y avait une causalité entre l’adhésion du RU à l’UE et le profil de sa croissance. J’indique simplement que par rapport à ses principaux partenaires commerciaux et compétiteurs le RU n’avait pas été pénalisé par son appartenance à l’UE contrairement à ce qu’indiquait Boris Johnson. La croissance du PIB par tête y était supérieure à celle observée notamment aux Etats-Unis et au Japon.
2 – Par rapport aux pays européens non membres de l’UE, le Royaume Uni ne fait pas mieux. J’ai pris comme éléments de comparaison la Suisse, la Norvège et l’Islande.  Je ne suis pas certain qu’il y ait causalité entre la performance et l’appartenance à l’UE car la Norvège a bénéficié d’une manne pétrolière importante et parce que la Suisse partait d’un niveau très élevé de PIB par tête relativement au Royaume Uni. C’est ce que montre le second graphique sous cette rubrique. Le PIB par tête en Suisse a néanmoins progressé nettement moins vite qu’au RU. L’Islande a fait un peu mieux que le RU avec un niveau de PIB par tête (exprimé en PPP) très proche de celui du RU.
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3 – Au regard de la faible performance de l’Italie et de la France dans le graphe initial, certains en ont conclu que c’était à cause de l’adhésion à la zone Euro.
Le profil des principaux pays de la zone ne permet pas une conclusion aussi directe. J’ai inscrit dans le graphe les profils des principaux pays de la zone Euro ainsi que ceux des Etats-Unis, du Japon et du Royaume Uni.
La dispersion est très forte au sein des pays de la zone Euro. Entre l’Irlande dont le PIB par tête a augmenté de 35% depuis de le début de la zone Euro en 1999 et l’Italie pour lequel le PIB par tête a reculé de -3.8% on constate une grande hétérogénéité. La Grèce et le Portugal sont aussi, comme l’Italie, dans une position très délicate.
Avant la crise de 2007 il y a des divergences par le haut avec notamment l’Irlande, la Grèce, la Finlande et l’Espagne. Pour les autres pays les profils sont assez cohérents. La problématique est la période de crise. La rupture commune provoque des ajustements très différents d’un pays à l’autre d’autant qu’à partir de 2011 les politiques économiques sont plutôt restrictives. Cela se traduit alors par des trajectoires très hétérogènes. Cela reflète en partie l’histoire de chacun des pays mais aussi le fait qu’en suivant des trajectoires très différentes les pays n’ont plus été capables de synergies fortes résultant d’intenses échanges entre eux. Par le passé, les pays européens étaient généralement dans le même cycle économique (même s’ils ne progressaient pas au même rythme). Dès lors il y avait un effet de contagion d’un pays à l’autre qui permettrait de converger vers une croissance plus élevée. L’intensification des échanges a beaucoup aidé et l’accès au marché unique a été un canal de transmission fort. Ce n’est plus le cas depuis la crise de 2008 et encore davantage depuis que les politiques économiques ont poussé à des trajectoires divergentes. Il est très difficile aujourd’hui de faire converger tous ces pays vers un cycle commun cohérent. C’est ce à quoi s’est attaché la BCE mais c’est long surtout si chacun des pays espère que la banque centrale fera tout le nécessaire. Draghi, ce matin encore, s’est élevé contre un tel comportement car il pénalise, in fine, le profil de croissance de chacun des pays et de l’ensemble de la zone.
Cette incapacité à rebondir après la rupture de 2008 est  notable en France. Son économie suit la moyenne jusqu’en 2007/2008 mais est ensuite incapable de repartir de l’avant. La situation est encore plus dramatique en Italie et au Portugal. L’Espagne n’est as encore sortie d’affaire.
La comparaison avec des pays hors de la zone Euro est très favorable au Royaume Uni mais pas tant que cela aux USA ou au Japon.
Je ne crois pas que l’appartenance à la zone Euro soit le facteur contraignant. Cela peut le devenir si chacun attend de la BCE qu’elle fasse l’ensemble des ajustements nécessaires. C’est excessif et cela n’est pas comme cela que la zone Euro avait été pensée. D’ailleurs même aux USA les Etats sont actifs et en plus il y a un budget fédéral.

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