L’économie américaine ralentit – Ma chronique macroéconomique

6 points à suivre cette semaine dans la conjoncture globale

Point #1L’activité globale reste peu dynamique
L’indicateur mondial de l’enquête Markit pour le secteur manufacturier est resté à un niveau bas en Janvier 2016. On observe sur le graphe qu’il reste un peu au-dessus de 50, ne reflétant pas une accélération de l’activité. Depuis la mi-2015, cet indicateur est sous le niveau de 51. Il n’est pas très étonnant, en conséquence, que le commerce mondial ne se cale pas sur une trajectoire plus élevée puisque les biens échangés sont généralement des biens manufacturiers.
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Les composantes de cet indicateur suggèrent toujours une situation plus robuste dans les pays industrialisés que dans les pays émergents. Cependant, on constate qu’aucun pays ou aucune zone n’a la capacité d’être la locomotive de l’économie globale.
Les indices Markit pour les Etats-Unis, le Japon, le Royaume Uni et la zone Euro sont très proches autour de 52.5. Cela traduit une activité qui progresse mais à un rythme modéré.
On notera cependant que pour le 4ème mois consécutif l’indice ISM pour le secteur manufacturier reste au-dessous du seuil de 50. L’activité se contracte rapidement encore dans ce secteur selon l’enquête ISM même s’il est marginalement un peu supérieur au chiffre de décembre à 48.2 contre 48 (l’indice Markit diffère de l’indice ISM parce que l’échantillonnage n’est pas le même et est de taille plus réduite). On note cependant dans cette enquête ISM le rebond des commandes. Le ratio Nouvelles Commandes sur Stocks est cohérent avec une hausse de l’activité au premier trimestre plus rapide qu’au cours des 3 derniers mois de l’année 2015.

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La reprise n’est pas encore perceptible du côté des pays émergents. Les deux indicateurs, émergents et BRIC, restent nettement sous le seuil de 50. Parmi les BRIC seule l’Inde a un indice supérieur à 50. D’une manière générale au sein des BRIC, les chiffres de Janvier sont plus robustes dans tous les pays. L’indice chinois néanmoins reste bas et ne montre pas de signaux d’inversion rapide.
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On notera le rebond du Brésil. Son activité continue de se contracter mais à un rythme plus modéré. Cela est toujours compatible avec une réduction de l’activité industrielle. A la fin du mois de décembre, la production industrielle était en recul sur un an de 11.9% et de 14.6% en taux annualisé sur les 3 derniers mois de 2015. La situation reste très précaire.
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Point #2L’économie américaine ralentit
L’indice ISM global, calculé comme une moyenne pondérée des deux indices sectoriels (manufacturier et services) est en repli rapide en janvier 2016. Il est toujours en territoire montrant une hausse de l’activité mais il est très en retrait par rapport à ce qui était constaté sur les 3 derniers mois de 2015. Il s’est ainsi inscrit à 52.6 contre 55.5 en moyenne sur le dernier trimestre 2015. Ce niveau d’indice est cohérent avec une croissance inférieure à 2%.
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On observe que dans la décomposition par contributions dans le secteur manufacturier, les commandes sont un peu plus robustes en janvier dans le secteur manufacturier. Il n’y a pas eu de rupture supplémentaire en janvier mais probablement une stabilisation de l’activité. elle s’inscrit cependant dans une dynamique qui continue de se contracter.
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Dans le secteur des services, on observe aussi que l’indice a tendance à ralentir depuis la fin du printemps 2015 comme l’indice manufacturier. Il reste cependant en territoire indiquant une hausse de l’activité même si celle ci est beaucoup plus réduite sur le premier mois de l’année. La décomposition de l’activité suggère une vraie inflexion en janvier. La production, l’emploi et les commandes chutent rapidement.
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Le repli de l’activité manufacturière tire vers le bas l’ensemble de la dynamique économique aux USA. Même s’il est de taille réduite, le secteur manufacturier continue de bien décrire le profil du cycle économique et c’est pour cela qu’il faut y être particulièrement attentif. Cela pose, dans le même temps, la question de la hausse du taux de référence de la Fed en décembre dernier (voir ici)

Point #3Essoufflement de l’activité en zone Euro
L’indice Markit pour l’ensemble de l’économie montre en janvier une activité moins rapide qu’au cours des 3 derniers mois de l’année 2015. L’indice s’est inscrit à 52.8 en janvier contre 53.1 sur le dernier trimestre de l’an dernier. Le chiffre est toujours compatible avec une allure robuste de l’activité économique. Il n’y a pas de rupture similaire à celle constatée aux Etats-Unis.
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Dans la décomposition, on relève que c’est le secteur manufacturier qui s’infléchit le plus fortement en ce début d’année. Ceci n’est pas incohérent avec la lente évolution du secteur à l’échelle globale. Compte tenu de ce que je disais sur les USA, il faudra être attentif à ce secteur compte tenu de son rôle majeur dans le profil du cycle. L’enjeu est de savoir si la croissance peut s’accélérer un peu en 2016 par rapport à 2015.
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Point #4 La Banque d’Angleterre lâche aussi du lest.
Lors de sa réunion mensuelle, la Banque d’Angleterre a revu à la baisse ses prévisions de croissance et d’inflation. La hausse de l’activité serait de 2.2% en 2016 (contre 2.5% auparavant) et le taux d’inflation resterait au dessous de 1%.
La Banque d’Angleterre se cale sur les autres banques centrales en révisant le profil de l’activité à la baisse et en cherchant l’inflation. Dès lors la Banque d’Angleterre n’est pas près de remonter son taux de référence qui est à 0.5% depuis le début de l’année 2009.

Point #5L’emploi américain – Des indications intéressantes
Le chiffre global des créations d’emploi a été décevant à 151 000 en janvier contre 279 000 en moyenne au dernier trimestre 2015. C’est le secteur des services privés qui a été plus fragile en janvier où 118 900 emplois ont été créés contre une moyenne de 232 000 sur les 3 derniers mois de 2015. Parmi ce secteur ce sont les services aux entreprises et la santé et l’éducation qui sont les plus en repli. Le premier n’a créé que 9 000 emplois contre 66 000 en moyenne par mois au 4ème trimestre 2015. L’emploi dans le second n’a progressé que de 6 000 contre 59 000 en moyenne sur les 3 derniers mois de 2015. On notera au sein du secteur des services aux entreprises que l’intérim a chuté de 25 200 en janvier. C’est le repli le plus marqué depuis avril 2009. C’est ennuyeux
On observe sur le graphe ci-dessous que le mois de janvier 2016 est en net repli par rapport aux chiffres observés en janvier depuis 2011.
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Le repli de l’emploi intérimaire est préoccupant car c’est généralement un bon indicateur avancé de l’activité. Cela pourrait traduire effectivement une activité durablement moins dynamique.
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La hausse des salaires a été modéré en janvier à 2.5%. C’est un chiffre en léger retrait par rapport à celui de 2.7% observé en décembre. Certes le régime a changé depuis l’automne dernier mais ce n’est cependant pas encore suffisant pour déclencher une alerte orange sur une éventuelle accélération de l’inflation
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Le bon chiffre dans ce rapport de l’emploi est la hausse du taux d’emploi des 25-55 ans. Le cœur du marché du travail semble davantage réagir en ce début d’année, le taux d’emploi ayant été relativement stable en 2015. Ce facteur me parait plus rassurant sur la dynamique américaine que le nombre d’emplois créés.
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Le marché du travail n’envoie pas un signal d’urgence à la Fed. Il n’y aura pas de hausse de taux en mars.

Point #6Commandes à l’industrie allemande
Après plusieurs mois de repli l’indice des commandes se reprend. C’est vrai aussi des commandes de biens d’équipement. C’est plutôt un signal positif pour l’investissement global car ces commandes sont assez cohérentes avec l’investissement dans les pays de l’OCDE. On notera cependant que les commandes en provenance de la zone Euro s’ajustent fortement à la baisse. Cela est très préoccupant quant à la dynamique de la zone puisque son profil sera dépendant de la capacité des entreprises à se projeter dans le futur et donc sur leur capacité à investir.
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Cette semaine
On disposera vendredi prochain des chiffres du PIB de la zone Euro, de l’Allemagne et des autres composantes de la zone pour le dernier trimestre 2015 et donc pour l’ensemble de l’année. La France a publié sa première estimation il y a déjà 2 semaines.
Janet Yellen parlera mercredi et jeudi au Congrès. C’est potentiellement important au regard des incertitudes actuelles sur l’orientation effective de la politique monétaire américaine.
Vendredi, les ventes de détail pour janvier seront publiées aux USA. Pas sûr qu’il y ait un rebond marqué
La production industrielle de décembre en Europe sera égrainée tout au long de la semaine: Allemagne (mardi), France, Italie et Royaume Uni (mercredi) et zone Euro (vendredi)

Bonne semaine à tous

 

 

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