Quelle dynamique macroéconomique après les attentats en France ?

La reprise de l’économie française va-t-elle être mise à mal par les attentats meurtriers du vendredi 13 novembre à Paris ? Au delà des aspects dramatiques et des explications qui ne sont pas directement de notre ressort, c’est la question que l’on doit se poser. Pour l’économie française ce choc intervient alors qu’elle est en train de sortir d’une longue période de croissance très lente. Les facteurs susceptibles de créer un profil cyclique plus favorable et plus durable se mettaient en place depuis quelques mois. Les attentats vont ils remettre en cause ce changement de tendance et faire replonger l’économie française dans une croissance très lente, trop lente pour engendrer des créations nettes d’emplois dans la durée.

Spontanément la réponse qui vient à l’esprit suggère un comportement plus attentiste. L’incertitude qu’engendre une série d’attentats crée un flou important sur la situation à venir. Cela pourrait s’observer du côté du consommateur pour qui l’incertitude supplémentaire pourrait se manifester par une situation plus fragile sur le marché de l’emploi. Dans ce cas, il serait rationnel de réduire sa consommation aujourd’hui et d’épargner davantage pour faire face à une situation dégradée dans le futur. Du côté des entreprises on peut imaginer que l’incertitude provoquée par les attentats puisse se traduire par davantage de prudence notamment dans les décisions d’investissement. Cela serait très dommageable car le cycle économique se construit, dans la durée, autour de l’investissement.
Dès lors on pourrait imaginer un impact négatif sur l’activité avec un risque accru de récession.

Pourtant ce n’est pas si simple. Les épisodes passés d’attentats n’ont pas plongé l’économie locale dans une phase de ralentissement marqué. Cela n’a pas été le cas aux Etat-Unis après le 11 septembre 2001. A l’époque l’économie était déjà en récession au moment des attentats mais touche un point bas en novembre et sort de la récession par la suite. En Espagne après l’attentat à la gare d’Atocha en mars 2004 le trend de croissance n’a pas été affecté, l’expansion soutenue de l’Espagne n’est pas remise en cause. Les attentats de Londres en juillet 2005 n’ont pas modifié la tendance de la croissance de l’économie britannique. Enfin après les attentats à Paris les 7 et 8 janvier derniers, la consommation est restée robuste tout au long du premier trimestre.

Au regard de ces quatre évènements dramatiques, les effets sur la dynamique du PIB ne sont pas persistants. On doit imaginer que dans les jours qui suivent l’attentat les comportements soient plus attentistes mais cela n’a pas d’effet persistant. Le maintien d’une dynamique robuste de la consommation reste un support positif pour les décisions d’investissement des entreprises. Le choc ne se traduit pas par une rupture et n’a pas d’effet persistant et permanent sur les comportements économiques.
Le retour en récession de l’économie française est peu probable d’autant qu’au delà des effets évoqués, la France s’inscrit dans une dynamique européenne qui est vive et qui la tirera vers le haut.

Cela semble toujours difficile à imaginer au moment où les événements se passent en raison de l’émotion que suscite l’attentat, c’est pour cela que les expériences passées sont intéressantes et utiles. On note généralement dans ces périodes une dynamique collective forte pour faire face à l’adversité. Cette dynamique commune se rassemble autour des valeurs historiques du pays. La communication du gouvernement et du politique en général doit favoriser sa mise en place et la cohésion qu’elle apporte. La dynamique collective est la réponse face à une situation qui dépasse chaque citoyen pris individuellement. Elle parait improbable a priori mais sur le plan économique les évènements passés montrent qu’elle se met en place et l’économie ne s’additionne pas au désarroi.

Graphique
Le graphique représente le profil du PIB et de la consommation des ménages autour de la période des attentats. Ce sont des variations trimestrielles en taux annualisé. J’ai pris 4 trimestres, 1 avant le trimestre où ont eu lieu les attentats et 2 après les attentats.
On observe qu’il n’y a pas de rupture, c’est ce point qui est important car il conditionne la dynamique de l’investissement.
Attentats