Interview sur la politique monétaire américaine – Publié le 30 octobre

Interview sur la politique monétaire américaine publiée sur le site Atlantico.fr
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Atlantico : La Fed a annoncé qu’elle laisserait inchangé ses taux d’intérêts mais qu’elle pourrait procéder à l’amorce d’un resserrement en décembre. Ce qui a, en partie, pu surprendre les marchés financiers. Cette décision peut-elle est interprétée comme un durcissement de la politique monétaire américaine ?
Philippe Waechter : Lors de la conférence de presse de septembre, la Fed était sortie du jeu alimentant l’idée que toute hausse des taux était potentiellement exclue pour 2015.
En supprimant la référence aux évolutions externes (volatilité des marchés et croissance globale) et en ajoutant une référence à ce qui pourrait être fait lors du prochain meeting, la Fed est revenue dans le jeu. Il n’était pas attendu de changement de politique monétaire lors de cette réunion, il n’y en a pas eu mais la Fed s’est malgré tout arrangée pour reprendre toute la place qui est la sienne dans la détermination de la politique monétaire.
Ce changement de perception s’est déjà traduit par une hausse de l’ensemble de la structure des taux d’intérêt. Cela s’est vu très nettement après la publication du communiqué notamment sur le taux à 2 ans. La hausse du dollar par rapport à l’euro a aussi été significative. L’annonce est en elle-même un premier élément de durcissement de la politique monétaire. Est-ce qu’elle sera suivie d’effet lors de la réunion des 15 et 16 décembre, c’est une autre histoire. Il y aura une étape intermédiaire qui sera la double intervention de Janet Yellen au Congrès les 2 et 3 décembre prochains.

Atlantico: En quoi cette décision peut également, et plus positivement, être interprétée comme significative de « bonne santé » de l’économie américaine ?
Philippe Waechter: L’économie américaine ne va pas mal, on l’a encore vu avec le chiffre de croissance publié pour le troisième trimestre. La demande interne progresse rapidement. Sa contribution à la croissance des 3 mois de l’été a été de 3% en rythme annualisé. C’est nettement supérieur à la moyenne constatée durant toute la phase postérieure à la sortie de la récession (le départ de la reprise se situe après le point bas du 2ème trimestre 2009). L’économie va moins vite que dans les cycles précédents mais elle ne va pas mal.
Néanmoins, il commence à y avoir des interrogations sur la solidité de cette économie. Plusieurs indicateurs (ISM, ventes de détail, commandes de biens d’équipement) ont montré en aout et en septembre que sa dynamique était peut être un peu moins vive. Ce qui est troublant néanmoins sur l’économie américaine est l’absence de tensions que ce soit sur les salaires et sur les prix.
La question posée est toujours la même: dans une économie qui va plutôt bien, vaut-il mieux durcir le ton de façon préventive ou faut-il attendre que des tensions se manifestent ?
Mon sentiment est que l’on ne peut pas avoir de vision déterministe des prochains mois. Dès lors imaginer que des tensions vont apparaitre est excessif. Ceux qui ont eu cette vision déterministe se sont trompés depuis 2008 et la mise en place des politiques non conventionnelles. Je pense qu’il vaut mieux attendre d’avoir l’expression de tensions avant de durcir le ton.

Atlantico: Lors de récentes interventions, certains membres de le Fed (Lael Brainard, Narayana Kocherlakota) avaient pu mettre en avant leur volonté d’attendre avant toute intervention sur les taux. Existe-t-il une tension inhabituelle entre les différents courants au sein de la Fed ? Quelles pourraient en être les conséquences ?
Philippe Waechter: Il y a d’autres membres du système de la Réserve Fédérale qui pensent que la Fed peut attendre. C’est le cas de Rosengren de Boston, d’Evans de Chicago ou de Tarullo qui comme Brainard est membre du board de la Fed à Washington. Ce qui est dit est que l’absence de tensions et le niveau élevé du dollar (qui est une contrainte forte sur l’économie américaine) permettent d’attendre avant de décider.Ce qui est nouveau par rapport à toutes les périodes antérieures est que l’on sait encore moins bien vers quelle trajectoire l’économie américaine peut converger. C’est cela la difficulté et la source des discussions entre les membres de la banque fédérale. Ce qui est nouveau aussi est la durée durant laquelle les taux d’intérêt ont été maintenus bas. La sortie d’une telle situation est forcément complexe et il est quasiment impossible d’avoir l’unanimité. C’est pour cela aussi que les propos de Janet Yellen sont importants car in fine elle a un poids prépondérant. Cela ramène forcément ainsi aux déclarations qui seront faites au Congrès au début du mois de décembre. Quand la BCE voudra sortir de cette situation de taux d’intérêt très bas pendant une longue période elle aura les mêmes interrogations.

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: En 2013, en pleine passation de pouvoir entre Ben Bernanke et Janet Yellen, la Fed avait annoncé qu’elle allait mettre fin à son cycle de politique monétaire accommodante. Quels sont les éléments qui permettront à la Fed d’agir en ce sens, quels sont les écueils à éviter ?
Philippe Waechter: La difficulté majeure pour la banque centrale américaine est de limiter au maximum les risques de rupture lors de la prise de décision. L’économie va plutôt bien mais une rupture pourrait être pénalisante faisant converger l’économie vers une autre trajectoire. C’est un peu ce qui avait été observé en mai 2013 lorsque Bernanke avait indiqué au Congrès que la bonne santé de l’économie permettrait rapidement une normalisation de la politique monétaire. Cela s’était traduit par une hausse des taux hypothécaires et une grande fragilité du marché immobilier. C’est ce genre de situation qu’il faut éviter et c’est pour cela que la Fed manifeste la plus grande prudence. En septembre elle s’interrogeait ainsi sur la capacité de l’économie américaine à amortir un éventuel choc négatif. Ce point a été retiré dans le communiqué de presse de la dernière réunion mais je ne doute pas que la Fed soit encore très attentive à ces questions et qu’elle sera très prudente dans le changement d’orientation de sa stratégie monétaire si celle-ci survient malgré tout. La probabilité que la banque centrale américaine ne fasse rien, même en 2016, est loin d’être nulle.

 

 

 

 

 

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