Après l’Eurogroup, il n’est plus donné de choix à la Grèce

Au moment où je commence ce post, lundi matin, le sommet des chefs d’Etat de la zone Euro n’est pas encore terminé. Cela fait 20h qu’il a débuté. Les discussions portent désormais sur le communiqué de presse composé par Angela Merkel, François Hollande, Alexis Tsipras et Donald Tusk.
Si l’on suit le communiqué de presse de l’Eurogroup, réuni samedi et dimanche, la Grèce n’a d’autre choix que la mise sous tutelle par la zone Euro. Sa seule liberté est celle du défaut et de la sortie de la zone.
Les discussions ont été très brutales et violentes et à la fin c’est Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand, qui a gagné.

La Grèce ne pourra commencer à discuter de la troisième aide que si elle met en œuvre toute une série de mesures, détaillées plus bas, et la mise en place d’un fonds équivalent de 50 Mds d’actifs, géré à Luxembourg, pour garantir que les privatisations seront bien mises en œuvre. Ce fonds regroupant les joyaux de la couronne grecque permettront finalement aux autres pays de la zone de choisir les bons actifs à acheter. De la sorte, la Grèce va perdre son autonomie de croissance pour longtemps car rien n’obligera a priori les acquéreurs à maintenir l’activité associée à ces actifs en Grèce.
A un moment donné dans la négociation, il était question de la possibilité d’une sortie temporaire de la Grèce mais cela n’a pas été retenu (voir ici la discussion sur ce point).

Le point de départ est l’absence de confiance évoquée par Angela Merkel et Wolfgang Schauble quant au comportement de la Grèce. Parmi les alliés de l’Allemagne on notera les pays baltes, l’Autriche, la Finlande, la Slovaquie, la Belgique et les Pays-Bas.  L’argument généralement avancé est la difficulté d’aller devant ses électeurs et/ou son parlement sans une contrepartie forte qui limite, a priori, les risques sur le comportement grec. La question de l’équilibre politique interne a souvent prévalu durant les discussions par rapport à l’équilibre de la zone Euro.
Le graphe ci-dessous montre l’équilibre des forces dans la négociation.
IMG_0563La discussion de l’Eurogroup samedi et dimanche s’est donc résumé aux mesures à mettre en œuvre en Grèce pour commencer à discuter du 3ème plan d’aide. Mais l’ouverture des discussions ne garantira pas leur achèvement et la mise en place du 3ème plan de soutien. Cet aspect est clairement évoqué dans le communiqué de presse de l’Eurogroup. Les mesures listées ne sont qu’un point de départ.
Il n’est cependant pas question de réduction de la dette mais éventuellement de reprofilage de celle-ci sans haircut. ( Karl Whelan @WhelanKarl discute sur Twitter de la validité de l’impossibilité de restructurer)
Ces mesures, si elles sont suivies en Grèce, provoqueront forcément un nouvel équilibre politique à Athènes. Le vote du parlement grec a déjà montré de nouvelles fissures et des appuis nouveaux. Ce chamboulement devra compter aussi pour bien appréhender l’équilibre global de la zone.

Si l’on suit les mesures indiquées, la Grèce doit capituler et se livrer pieds et poings liés au bon vouloir des décisions de la zone Euro. Les discussions ne s’ouvriront que lorsque les mesures auront été prises. Celles-ci ne sont que les préliminaires du processus vers le 3ème plan de soutien. On peut imaginer encore davantage de contraintes dans la durée.
Bien sûr la Grèce n’a pas été vertueuse mais on a bien senti tout au long du week-end que la Grèce craignait davantage la sortie de l’Euro que l’Allemagne ne s’effrayait d’un Grexit. Le bras de la fer de la négociation avait basculé et l’estocade pouvait être portée.

On attend maintenant le communiqué de presse de la réunion des chefs de gouvernement et la décision de la BCE quant à sa contribution aux liquidités des banques en Grèce.

Les mesures auxquelles la Grèce doit satisfaire (voir ici)
Pour mercredi 15 Juillet
Les mesures sur la TVA doivent être mises en œuvre – Simplification, hausse du taux et élargissement de la base
La réduction des retraites doit être lancée
Indépendance de l’appareil statistique (ElStat)

Un agenda précis doit être présenté pour la mise en œuvre des points suivants
Une réforme crédible des retraites
Des mesures visant à améliorer la concurrence (travail le dimanche, ouverture des professions fermées)
La privatisation du transport d’électricité
Revoir le processus de négociation collective
Améliorer l’efficacité du système financier

Engagements à prendre
Privatisation avec la possibilité d’un fonds de garantie de 50 Mds géré depuis le Luxembourg
Réduire les coûts de fonctionnement de l’administration (mesure attendue très rapidement avant le 20 juillet) et réduire l’influence politique sur celle-ci
Demande de support technique à la zone Euro avant le 20 juillet
Avoir l’accord des créditeurs (troïka) pour les lois importantes soumises à consultation publique ou au parlement.

Les mesures souhaitées avant le 20 juillet permettront, si elles sont adoptées, de financer les échéances auxquelles la Grèce est soumise en Juillet et en Août.
Le cadre global doit être mis en œuvre avant septembre pour ouvrir la discussion sur le 3ème plan de soutien qui portera sur un montant de 82-86 Milliards d’euros sur 3 ans.

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