La BCE accentue brutalement la pression sur la Grèce (avec un supplément le 6 janvier)

Le conseil des gouverneurs de la BCE a changé d’attitude vis à vis de la Grèce lors de sa réunion hier.
Les titres émis par le gouvernement grec ou garantis par lui ne seront plus éligibles aux opérations de refinancement auprès de la BCE (MRO).
Les banques qui disposent de papiers éligibles pour ces opérations pourront néanmoins toujours venir sur ces refinancement. Ce sera le cas notamment pour les obligations de l’EFSF dont elles disposent. Le total des obligations de ce type détenus par les banques serait de 37.6 Mds à fin décembre (source Karl Whelan).
Les besoins de financement du système bancaire reposent  sur des obligations d’Etat (à hauteur de 8 Mds même source), sur les obligations de l’EFSF et sur des obligations bancaires garanties par le gouvernement grec pour un total de 56 Mds (même source) Les obligations bancaires garanties par le gouvernement ne pourront plus être utilisées comme actif éligible.
Cela implique qu‘il y aura pour le système bancaire un recours majeur au financement d’urgence appelé ELA (Emergency Liquidity Assistance). Celui ci s’opèrera vis à vis de la Banque de Grèce avec l’accord de la BCE. Les conditions d’accès à cette liquidité seront plus chères que celles des opérations directes avec la BCE. La BCE peut avec une majorité des 2/3 du conseil des gouverneurs suspendre ce type d’opération. (La Grèce avait déjà eu recours au financement via ELA en 2012 avec un maximum de 107 Mds en octobre 2012. Il était en 2014 voisin de 0)

La BCE accentue la pression sur la Grèce. Les questions portant sur éligibilité des actifs grecs auprès de la BCE auraient dû être posées avec la fin du programme actuel de la troïka le 28 février. L’autorité monétaire européenne a avancé la date puisque les restrictions évoquées seront à l’œuvre dès le 11 février.
Le gouvernement grec qui voulait réduire la pression provoquée par le programme de financement de la troïka doit désormais trouver une solution d’urgence d’autant que le swap de dette qu’il proposait n’a pas reçu un accueil enthousiaste à la BCE.
Celle ci est dans la logique de se soumettre ou se démettre vis à vis du gouvernement mené par Alexis Tsipras.
L’incertitude s’accentue donc sur la situation de la Grèce au sein de la zone Euro. Le système de refinancement des banques est fragilisé et à la merci d’une décision, à la majorité des 2/3, du Conseil des Gouverneurs. La probabilité d’une sortie de la Grèce de la zone Euro a potentiellement augmenté. (mais je n’arrive pas à aller au delà d’une incertitude supplémentaire. Je ne peux pas croire un instant que c’est le dessein ultime de Draghi surtout au regard de ses déclarations du 26 juillet 2012 à Londres)

Il faudra observer ce matin le comportement vis à vis des banques, notamment sur le risque de panique bancaire. Depuis quelques semaines la réduction des dépôts affecte les banques et l’on peut craindre que la situation nouvelle n’accentue le mécanisme. Cela forcerait le gouvernement à trouver encore plus rapidement des solutions et éventuellement à se soumettre.
Le bras de fer continue Une réunion de l’Eurogroup pour discuter des questions grecques aura lieu le 11 février avant une réunion des chefs de gouvernement le 12. Ces deux meetings seront essentiels pour appréhender la situation de la Grèce dans la zone Euro dans la durée.

Supplément du 6 Janvier: Dans le cadre de la procédure d’urgence ELA, la BCE a augmenté la taille des opérations à 59.5 Mds d’euros soit une hausse de 9.5 Mds. Cela devrait permettre aux banques de fonctionner sans difficultés mais à un coût plus élevé.
Néanmoins, la probabilité d’une rupture se réduit

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