L’attentat minera-t-il la reprise à venir ?

L’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier va-t-il perturbé la reprise anticipée pour 2015 en France ?
La baisse de l’euro, le repli du prix du pétrole et la politique monétaire très accommodante sont les ingrédients de la reprise qui se dessinera en France et en zone Euro tout au long de l’année qui s’ouvre. Cependant, l’attentat engendre une incertitude spectaculaire qui pourrait modifier en profondeur les comportements et réduire à néant les attentes de reprise.
Pour éclairer ce débat on peut observer deux situations qui se rapprochent de celle connue aujourd’hui en France.
En 1990 lors de l’invasion du Koweit par l’Irak le choc est tel que les indices de confiance des consommateurs se sont infléchis rapidement, entrainant la consommation des ménages à la baisse. Olivier Blanchard, l’actuel chef économiste du FMI, indiquait dans un article (Consumption and the recovery of 1990-1991 – AER May 1993 mais avec abonnement) que ce repli avait été un facteur clé de la récession américaine de 1991.
En 2001 après les attentats du 11 septembre, l’incertitude a été maitrisée par la réaction rapide et vive du gouvernement et des institutions afin de mobiliser les citoyens américains. L’économie qui était en récession est sortie officiellement de celle ci en novembre 2001 soit juste 2 mois après les attentats.
Les attentats perpétrés à Madrid le 11 mars 2004 et à Londres le 7 juillet 2005 ne semblent pas avoir eu d’effets durables sur le profil de l’activité. Cela ne se note pas dans l’évolution du PIB trimestre par trimestre.
Au delà de l’aspect purement politique (essentiel), le gouvernement avait pris des mesures d’urgence (dépenses de 40 Milliards votées dès le 14 Septembre) et politique monétaire plus accommodante avec baisse des taux d’intérêt (repli de 175 bp entre aout et décembre 2001). L’objectif ici était de prévenir une éventuelle chute de la demande en raison de la plus grande incertitude)
La gestion active de l’incertitude par le gouvernement américain a facilité un comportement plus volontariste des citoyens (voir ici). En 1990 la gestion de cette incertitude était beaucoup plus complexe car la situation n’était pas spontanément maitrisable par le gouvernement puisque les évènements se passaient au Moyen-Orient.

C’est de ce comportement de 2001 qu’il faut d’inspirer aujourd’hui en France et en Europe. Car l’incertitude concerne tout le monde. On a pu la mesurer à la mobilisation constatée sur l’ensemble du vieux continent avec d’énormes rassemblements.
Le gouvernement, les gouvernements européens et les institutions doivent mettre en œuvre une stratégie très réactive pour ne pas laisser s’installer une situation incertaine dont la persistance aurait un impact très négatif sur l’ensemble des comportements et donc sur l’activité économique. Cela doit aussi s’appliquer à la BCE dont la stratégie doit faciliter encore davantage l’ajustement des marchés financiers.
On ne connait pas l’avenir notamment la probabilité d’évènements similaires à ceux des attentats de Paris. C’est pour cela qu’il faut réduire l’incertitude immédiate et mobiliser pour que de telles situations si elles venaient à se répéter ne délitent pas la société française ni les sociétés européennes. La peur ne doit pas gagner. C’est une condition nécessaire pour que l’activité reprenne favorisant ainsi une dynamique plus positive de l’économie et de l’emploi.

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