Quatre graphes sur la dynamique de la zone Euro

Le PIB de la zone Euro a été quasi stable au 2ème trimestre (+0.2% en taux annualisé) après une hausse de 0.8% durant les trois premiers mois de l’année. Sur un an sa progression est de 0.7% et l’acquis de croissance pour 2014 à la fin du deuxième trimestre est de 0.6% (croissance moyenne de 2014 si le PIB, en niveau, aux troisième et quatrième trimestres restait égal à celui du deuxième trimestre. C’est une approximation utile).

Le premier graphe présente le PIB en niveau et à prix constants. La ligne rouge représente la tendance calculée de 2000 au premier trimestre 2008 et prolongée jusqu’au deuxième trimestre 2014. L’écart entre le PIB actuel et cette tendance est de 12% ce qui est spectaculaire. La tendance en vert traduit le profil de l’activité durant la reprise du point bas de 2009 au premier trimestre de 2011. On constate ensuite une inflexion provoquée par la crise des dettes souveraines et la mise en place de politiques d’austérité. Par rapport au premier trimestre 2011 le PIB est actuellement en repli de 0.36% (-0.1% en taux annualisé). Depuis le début de l’amélioration au premier trimestre 2013 on constate que la progression de l’activité est très lente à 0.8% en taux annualisé. Le rythme de progression est toujours très loin du chiffre de 1.9% constaté en tendance de 2000 à T1 2008.
ZE-2014-T2-PIB-tendanceLe deuxième graphique présente la croissance par trimestre au sein des pays de la zone. LE PIB global est en progression de 0.2% en taux annualisé après une augmentation de 0.8% sur les trois premiers mois de l’année. On ne dispose pas du détail permettant de comprendre l’origine de cette hausse.
ZE-2014-T2-PIB-TrimL’Allemagne est en repli de -0.6 % en taux annualisé. Le recul des exportations et de l’investissement sont au cœur de cette inflexion. La dynamique un peu moins vive des pays émergents (Asie notamment) mais aussi des principaux partenaires de l’Allemagne (France, Italie) explique cette moindre contribution des exportations. Le détail de l’investissement devrait permettre une analyse plus précise du repli de l’investissement. Il y a probablement un facteur fort lié à la construction dont la progression a été forte au premier trimestre en raison d’une période météorologique plus clémente. Cela affecte le deuxième trimestre en raison d’un démarrage des construction plus précoce.  (on ne dispose que d’éléments non chiffrés pour l’instant). Les dépenses de consommation et du gouvernement ont eu une contribution positive.
La France a un profil préoccupant sur les 4 derniers trimestres. La tendance est voisine de 0%. (voir ici).
L’Italie est retombée en récession, si elle en était jamais sortie. Le PIB a reculé pour le deuxième trimestre consécutif de -0.8% après -0.4%. Le détail du PIB manque mais l’institut italien insiste sur le commerce extérieur comme facteur pénalisant. Cela signale aussi la fragilité de la demande interne incapable de le contrebalancer.
En Espagne le PIB a progressé de 2.4% au deuxième trimestre après 1.5% lors des 3 premiers mois de l’année. Si l’on regarde la décomposition faite par la Banque d’Espagne il y a une dynamique interne et externe forte au deuxième trimestre. L’économie rebondit et renforce progressivement sa demande interne même si celle ci reste à un niveau très bas.
Le rebond de l’économie néerlandaise est spectaculaire passant de -1.5% à +2.2%. Pourtant si la consommation est un peu plus solide, le reste de l’économie reste très fragile. L’investissement a reculé de 11% tirant vers le bas la demande interne. Celle ci recule pour le deuxième trimestre consécutif et entraine avec elle les importations. En d’autres termes, malgré le rebond de la consommation la demande interne a toujours une allure médiocre réduisant de fait les importations. La hausse des exportations n’est pas suffisante pour se réjouir.
Au Portugal, le rebond est marqué puisque sur le trimestre le PIB progresse de 2.5% après un recul de -2.2% sur les trois premiers mois de l’année. Cependant, en l’absence de détails sur la composition du PIB il est difficile de savoir ce qui a rebondi en raison de la volatilité extrême des données portugaises au premier trimestre: l’investissement avait chuté de 16% (taux annuel) et les exportations de 7.5% alors que la consommation progressait de 0.9%. Selon l’institut statistique portugais le point à relever est une hausse des exportations. On ne dispose pas de plus de détail
En Belgique l’activité a nettement ralenti passant de 1.5% cet hiver à 0.4% au printemps. On ne dispose d’aucune information sur le deuxième trimestre à l’exception de la variation du PIB

A l’exception de l’Espagne, les chiffres et le détail disponibles ne donnent pas un signal de robustesse de l’économie de la zone Euro.

Le troisième graphique présente l’évolution annuelle du PIB et l’acquis pour 2014.
ZE-2014-T2-PIB-annuel-AcquisOn constate que les années 2012 et 2013 ont été médiocres dans tous les pays, y compris l’Allemagne. Les chiffres plus positifs observés en 2014 en Espagne, aux Pays-Bas, au Portugal et même en Belgique ne sont pour l’instant que des corrections à cette longue période de récession (sauf la Belgique). L’Italie entre dans la troisième année de contraction de son activité et la France dans sa troisième année consécutive de croissance à moins de 0.5%.
Au regard des chiffres du premier trimestre et de ceux disponibles pour le deuxième, la source de cette fragilité conjoncturelle reflète une demande interne bien insuffisante, notamment du côté de l’investissement. Le risque de déflation ou d’inflation durablement très réduite ne va pas inverser cette tendance spontanément car les négociations salariales vont se faire sur des bases réduites ce qui n’améliorera pas les perspectives de demande interne. La voie de l’investissement reste la bonne pour créer une dynamique plus robuste.
Le quatrième graphique visualise l’évolution en niveau du PIB depuis le début de la crise en 2008. J’ai pris ici comme référence le premier semestre 2008. Sur une métrique similaire, les Etats-Unis sont à 107 et le Royaume Uni à 100.6. La progression est donc limitée pour les quatre pays de tête (Allemagne, Autriche, Belgique et France) par rapport aux USA. L’amélioration observée en Espagne, au Portugal ou encore en Finlande est encore réduite au regard du gap considérable par rapport à 2008. C’est encore pire pour l’Italie (voir ici pour plus de détails). En Grèce, l’économie tend à se stabiliser comme le montre le graphe spécifique à ce pays. Rappelons simplement que le repli de son activité est proche de 25% depuis le point haut.
ZE-2014-Q2-GDPGrèce-2014-T2-PIB

2 réflexions au sujet de « Quatre graphes sur la dynamique de la zone Euro »

  1. Vous dites: « L’économie de la France dépend de la consommation intérieure; celle de l’Allemagne de l’exportation à 50% du PIB; » n’est ce pas justement le problème de l’une et de l’autre. Vu la mondialisation, la France n’exporte pas assez; et l’Allemagne en créant d’énormes excédants commerciaux crée les déficits des autres, notamment l’Espagne et la Grèce (voir http://atfp.co/1hyGzcu).
    Vu la monnaie unique, les pays dont on importe les produits ex. Chine, achètent des produits européens, mais pas assez ceux de la France. La monnaie unique avait pour condition 3% de déficit, 60% de dette et 1% d’inflation. Si on ne respecte pas cela, la seule solution c’est l’Europe Fédérale ou la sortie de l’€ pour retrouver la souveraineté monétaire?

  2. Ping : Mario Draghi change la donne de la politique économique | Le Blog de Philippe Waechter

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