La BCE doit agir pour casser les anticipations de déflation

La BCE va-t-elle prendre en compte le risque de déflation que chaque investisseur a en tête aujourd’hui. C’est sur cette question que la BCE sera attendue lors de sa réunion du jour..
Jusqu’à présent, elle n’a pas voulu rentrer dans ce jeu, indiquant que l’inflation resterait basse longtemps et  le risque de déflation resterait très faible. C’est le propos de Draghi à la dernière conférence de presse. Néanmoins cela n’est que moyennement rassurant puisque l’inflation attendue en 2016 n’est que de 1.5%, loin de la cible de 2%. En outre en dépit des chiffres rassurant des projections de la BCE on ne peut exclure qu’entre-temps le taux d’inflation tangente la déflation.
En outre, un propos fort de Draghi est souhaité car plusieurs déclarations ont semé le trouble sur la perception que peuvent avoir les banquiers centraux européens sur cette question. Sur ce point, chacun a retenu les propos de Jens Weidmann le patron de la Bundesbank sur le risque de déflation et la possibilité d’y faire face par une sorte de QE.

Quelle analyse peut-on faire de ce risque de déflation?
Pour moi il y a trois éléments à prendre en compte
1 – Les chiffres d’inflation de la zone Euro suggère que l’inflexion jusqu’à 0.5% en mars est le fait principalement des matières premières. Cela s’observe très directement en regardant l’évolution de l’inflation au premier trimestre. Au premier trimestre 2014 elle est très faible et beaucoup plus réduite que lors des 3 dernières années. En revanche, l’évolution de l’indice sous-jacent au cours du premier trimestre 2014 est comparable à celles observées en 2011, 2012 et 2013.
L’indice sous-jacent étant le seul sur lequel la BCE puisse avoir un impact direct, l’analyse de l’indice des prix n’est pas un argument pour l’inciter à intervenir immédiatement.

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2 – Néanmoins, le processus d’ajustement au sein de la zone Euro peut pousser à la déflation. Pour retrouver de la croissance, chaque pays essaie de gagner en compétitivité. Chacun réduit ses coûts et cela s’observe sur les coûts salariaux. Cela crée les conditions de pressions à la baisse des prix.
En outre comme l’euro est « un peu » cher, les gains de compétitivité sont en partie rogner dès que les débouchés sont hors de la zone Euro. Cela peut engendrer une concurrence excessive au sein même de la zone. Cette concurrence se faisant par les prix, cela peut avoir un caractère déflationniste.
3 – La croissance attendue en zone Euro pour les prochaines années est réduite. Les pressions sur l’appareil productif susceptible de créer des tensions sur les coûts de production sont perçues comme limitées. L’évolution médiocre des crédits distribués en zone Euro accentue ce phénomène.
Dès lors l’absence de tensions et un mode d’ajustement via une recherche de compétitivité pourraient mener certains pays à la déflation et surtout alimenter les anticipations qui pourraient se révéler auto-réalisatrices d’une déflation inévitable pour l’ensemble de la zone.
C’est pour casser ces anticipations que la BCE doit intervenir. Elle doit dès maintenant faire le nécessaire pour modifier en profondeur les anticipations sur l’évolution des prix. Le message sera très attendu par les investisseurs qui intègrent une inflation très faible au-delà même de la date de 2016 évoqué par la BCE dans ses prévisions (les swaps d’inflation à 5 ans sont un peu supérieurs à 1%).
En d’autres termes, il y a un risque qui parait non nul aujourd’hui de voir apparaitre de la déflation dans certains pays et peut être même pour l’ensemble de la zone Euro. Est-ce que l’on doit prendre ce risque alors que tous les pays ou presque de la zone Euro s’interrogent sur leur mode de croissance? Pas sûr que rajouter ce risque particulier aide à retrouver rapidement une expansion soutenue. La BCE doit agir pour que la stabilité des prix, qui est son objectif, soit respectée. Le taux d’inflation de 2% a été défini comme étant compatible avec une situation de croissance stable et durable. S’il est durablement plus bas ou négatif alors pourrait apparaître un risque préjudiciable pour la croissance à moyen terme. Pas certain que l’on ait besoin de cela aujourd’hui.