France: L’investissement, objectif premier du pacte de responsabilité

Un version marginalement différente est paru sur le site des Echos: http://www.Lesechos.fr
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Le constat que fait François Hollande sur l’économie française est-il le bon, selon vous ?
Le problème aujourd’hui se situe du côté des entreprises. (Pour un éclairage sur la dynamique de l’économie française voir ici)La croissance de la  productivité est aujourd’hui très faible. Le taux de marge des sociétés non financières, à 27,7  % de la valeur ajoutée au troisième trimestre 2013, est à un plus bas depuis 1985. Dans ces conditions, les entreprises ne peuvent investir suffisamment et générer de l’emploi. L’enjeu de 2014, c’est l’investissement des entreprises. S’il repart, alors cela créera une impulsion sur le reste de l’économie car l’investissement sert à moderniser les outils de production, donc à augmenter la productivité, puis l’emploi. Il faut donc créer les conditions pour que l’environnement des entreprises soit plus favorable en redonnant des marges de manœuvres aux producteurs. C’est l’idée du choc de simplification et du pacte de responsabilité. Imaginer qu’une stimulation de la demande puisse améliorer la situation française traduit une analyse trop rapide. Toute hausse de la demande se traduirait  probablement par une augmentation des importations car les entreprises françaises ne pourraient pas y répondre faute de marges de manœuvres suffisantes.
L’autre point à souligner est le souhait de définir une trajectoire de la fiscalité à l’horizon 2017. Pour reprendre le propos du président Hollande « Nous fixerons donc un horizon, 2017, avec une trajectoire de prélèvements obligatoires pour les entreprises ». Cela permet de stabiliser le cadre dans lequel les entreprises évolueront. La réduction de l’incertitude qui en découlera sera aussi un facteur de soutien à l’investissement.

Les annonces de François Hollande vous semblent-elles à la hauteur des enjeux aujourd’hui ?
Le Président de la République a dit, pour la première fois clairement, que ce sont les entreprises qui créent l’emploi. C’est important. Avec les 30-35 milliards d’euros d’allégements de charges sociales annoncés, les marges des entreprises françaises devraient tendre progressivement vers le niveau d’avant la crise de 2008. C’est déjà une avancée importante. Il faudra aussi être attentif à l’évolution des salaires au cours des prochaines années. On se dirige vers une modération salariale qui devrait aussi redonner de l’oxygène aux entreprises. Le partage de la valeur ajoutée deviendra plus favorable aux entreprises. Cela devrait donc renforcer la capacité des entreprises à investir et à créer des emplois.

Croyez-vous à l’objectif affiché de réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’euros entre 215 et 2017 ?
La dépense publique ne va pas baisser. Alors qu’elle devrait augmenter mécaniquement de 20 milliards d’euros par an, les baisses programmées sont inférieures à ce montant. La dépense publique augmentera de quelques milliards ou sera au mieux, proche de la stabilité en 2015 et 2016. Mais si effectivement la croissance est un peu plus soutenue, les recettes fiscales seront plus fortes et le déficit public pourra se réduire conformément aux engagements de l’Etat français. Il faudra par ailleurs voir dans quels secteurs seront faites les économies. Dans ce domaine, c’est la mise en œuvre qui est difficile. Il va falloir que l’exécutif fasse des choix politiques forts.

Ces annonces sont-elles de nature à être bien accueillies par les investisseurs étrangers ?
C’est un premier pas dans la bonne direction. Toutefois, la rapidité de la mise en œuvre de ce programme, qui prévoit de créer plusieurs comités et qui implique des contreparties de la part des entreprises, sera capitale. Il faut agir vite car les partenaires et concurrents de l’économie française agissent rapidement. Il faut pouvoir repositionner l’économie française dans les meilleurs délais. En tout cas, si le gouvernement tient ses engagements, alors cela pourra rassurer les investisseurs étrangers mais aussi français et faire entrer l’économie française dans une dynamique plus vertueuse.