La Fed n’a pas envie de modifier sa stratégie monétaire

La Fed a maintenu son taux de référence dans l’intervalle [0.25 ; 0.50%]. Elle avait remonté les deux extrémités de cet intervalle de 25 points de base en décembre 2015.
Dans son communiqué de presse (voir ici), la Fed n’a modifié qu’une phrase dans la partie relative à son action et à la politique monétaire (voir ici). Elle indique ainsi que  » Near-term risks to the economic outlook have diminished. »
En d’autres termes, les facteurs incitant à la prudence (les fameux headwinds) sont moins marqués. C’est le cas des éléments liés au reste du monde et notamment le Brexit et la Chine.
Cela ne suggère pas pour autant que la Fed va changer de stratégie rapidement et durcir le ton, même si son appréciation sur l’activité économique est un peu meilleure. On ne perçoit pas d’inquiétude quant à une possible accélération de l’inflation. La Fed considère toujours que les pressions salariales sont limitées.
Je reste sur l’idée qu’il y aura au plus une hausse de taux d’intérêt cette année.

Deux points à rappeler quant aux anticipations du FOMC en matière de taux d’intérêt.

L’évolution du taux d’équilibre de long terme des fed funds.
La Fed considère désormais que le taux d’équilibre de long terme est de 3% pour les fed funds. C’est très loin des 4.25% du début de l’année 2012. Cela traduit le changement de perception de la banque centrale américaine. Elle ne croit désormais plus à un retour à la normale du cycle économique américain. Elle ne croit plus que le cadre de référence sera celui qui prévalait avant la crise. Mais elle ne donne pas pour autant le sentiment que le nouveau cadre a été trouvé. La Fed manque de certitudes.
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Le deuxième point est le changement rapide de la part des membres du FOMC quant à leurs attentes sur l’évolution à venir du taux des fed funds. (la source est la même que pour le graphe ci-dessus mais celui ne présente que les valeurs médianes de long terme alors que les deux graphes ci-dessous présentent les distributions cumulées pour 2016, 2017 et 2018 et la médiane pour chacune d’entre elle)
Entre décembre 2015 (lors de la hausse) et mars 2016 les attentes de hausse ont été infirmées. Cela s’observe via le mouvement fort des médianes vers la gauche.
Un tel mouvement est observable en juin pour les échéances de 2017 et 2018. La Fed là encore manque de repères et d’un cadre robuste.

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Quel impact macroéconomique de l’attentat de Nice?

Une fois encore la France est touchée par un attentat de grande ampleur. Pour un économiste la question posée est celle de son impact sur le profil de l’activité. J’avais déjà évoqué cette question après l’attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 (voir ici) et après celui du Bataclan du 13 novembre 2015 (voir ici).
Deux conclusions ressortaient de ces analyses.
1 – Depuis les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001, l’impact des attentats est peu perceptible à l’échelle macroéconomique. Les tendances ne sont pas remises en cause. En d’autres termes, cela ne crée pas d’effet négatif persistant. Ce phénomène est confirmé en France puisque les évènements de janvier et de novembre 2015 n’ont pas infléchi de façon perceptible le profil de la croissance française2 – Il faut néanmoins une gestion active de la situation afin d’inverser rapidement les anticipations de l’ensemble des acteurs de l’économie.

Au delà de ces conclusions qui restent valides, la question porte sur l’impact que peut avoir l’attentat de Nice alors que ceux de janvier et novembre 2015 sont encore dans tous les esprits? Lire la suite

L’heure de vérité pour le Royaume Uni

Dans ce papier, Daniel Gros s’interroge sur la capacité du Royaume Uni à se satisfaire du statut de la Norvège après la notification de l’article 50 par le nouveau premier ministre.

L’auteur, au delà de la question relative à la libre circulation des personnes, indique que dans ce cadre le Royaume Uni subira les changements réglementaires, conditions pour avoir accès au marché unique, sans pouvoir les influencer. Les britanniques seront ils alors plus heureux qu’en étant membre de l’UE? Pas sûr 

Britain’s Moment of Truth
BRUSSELS – Britain’s vote to leave the European Union has put the country’s role in Europe in limbo. Every day that passes deepens the impasse between the United Kingdom and the EU and makes the future more uncertain.

The EU leadership would like to move the process along and has called on the UK to immediately take steps to do so, as outlined in Article 50, the member-withdrawal provision of the Treaty of Lisbon.

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Les ménages britanniques inquiets en Juillet

La réaction des ménages après une élection est toujours importante à analyser. Souvent en France, le changement de président de la République s’accompagne d’une hausse des indices de confiance. Le cadre change avec le nouveau président et une large majorité de la population s’en réjouit et veut y croire. Cela parait logique et rassurant.
C’est là que l’on constate que les britanniques sont à part. L’indice de confiance calculé en Juillet, soit après le référendum, n’a jamais chuté autant: -8 points sur un mois.
Les ménages britanniques  qui changent de cadre de référence avec le vote en faveur du Brexit ne sont pas enthousiastes. Cela se lit sur l’évolution de l’indice de confiance mais c’est encore plus marqué dans l’anticipation de l’activité au cours des 12 prochains mois. Là, la rupture est marquée. Cela suggère que les ménages vont être beaucoup plus prudents dans leur comportement au risque de créer la récession qu’ils redoutent en réduisant la demande adressée aux entreprises. Les économistes avaient averti sur un risque de récession. Les ménages ont enfin pris en compte cette possibilité martelée, à juste titre, par les économistes mais ils risquent de provoquer eux-mêmes cette récession. (prophétie auto-réalisatrice)

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L’ajustement brutal de l’immobilier au Royaume Uni

La logique relative à l’ajustement brutal sur le marché immobilier britannique est assez simple: la baisse de la livre a entraîné une baisse du rendement pour les investisseurs non résidents. Dans le même temps l’anticipation d’un environnement économique dégradé incite à s’alléger sur les actifs britanniques en portefeuille.

Le problème est que le marché immobilier est par nature peu liquide. Quand un afflux massif de rachats arrive cette caractéristique fait qu’il n’est généralement pas facile et qu’il est long de trouver des acheteurs pour faire la contrepartie. Si les anticipations globales sont orientées à la baisse les acheteurs sont encore moins nombreux à vouloir acquérir des actifs qui sont chers, comme c’est le cas de l’immobilier. Personne n’a intérêt à se précipiter. Dès lors les sociétés immobilières se retrouvent coincées car elles ne disposent pas des moyens financiers pour payer les vendeurs de parts d’actifs immobiliers.   Elles ne trouvent pas non plus de contreparties pour mettre en place une transaction  Le système se bloque car il n’y a pas d’équilibre possible . C’est ce à quoi nous avons assisté.

Faut il laisser le système s’ajuster alors que la livre va continuer de baisser minant encore davantage le rendement des fonds? Cela peut alors être assez brutal. Ou faut il une intervention pour amortir le repli de l’ensemble du marché immobilier et éviter une panique? C’est la banque centrale qui peut intervenir car le gouvernement gère désormais les affaires courantes. La banque d’Angleterre est devenue plus active pour enrayer les chocs liés au Brexit. Elle va devoir continuer.