Voyage, voyage – Singapour

Première étape à Singapour. L’impression spontanée est que la ville est en constante reconstruction. Il y a des chantiers partout, la ville bouge et se déforme. Des tours récentes (une dizaine d’années) sont détruites et de nouvelles sont installées selon un plan de la ville précis mais qui évolue dans le temps. 

La ville a une énergie impressionnante et ces changements la reflètent.  Je pense qu’il y a, d’une manière générale, un lien entre la dynamique de la ville, la façon dont elle se recrée continuement et la capacité de ses habitants à générer un monde nouveau. C’est peut être pour cela que l’on finit par ne plus être surpris d’entendre beaucoup parler français dans les rues de Singapour. 

Singapour la nuit

 

Discussions sur la dette publique

La dette publique est elle une contrainte ? Lars P. Syll y répond récemment en citant Abba Lerner qui, en 1948, faisait une distinction entre dette privé et dette publique. La première se traduit in fine par un transfert d’un acteur de l’économie à un autre afin de satisfaire aux engagements pris. Dans ce cas effectivement la dette est une contrainte pour celui qui s’est engagé à la rembourser.

Pour la dette publique indique Abba Lerner, la question n’est pas posée de la même façon puisque ce sont généralement les résidents du pays qui détiennent la dette. La question de l’allocation intertemporelle est balayée par Lerner qui indique que l’appauvrissement des enfants et petits enfants supposerait que ce ne soit pas à eux que seront versés les intérêts et le remboursement des dettes existantes. C’est ce qui a longtemps été observé et qui l’est encore au Japon où la dette publique est majoritairement détenue par les résidents.

Au delà du Japon, le propos de l’économiste d’origine moldave n’est plus aussi pertinent. La dette publique est désormais détenue pour une part importante par des non résidents. Dès lors la dette publique devient une contrainte parce qu’elle se traduit par un transfert entre les résidents et les non-résidents.

On voit dans le tableau ci-dessous le poids parfois considérable prix par les non-résidents en zone Euro. Cela traduit l’intégration financière de la zone et la possibilité de détenir des dettes souveraines d’autres pays membres dans des structures d’investissement. Comme la monnaie est commune ce n’est pas une contrainte puisque les flux sont souvent réciproques. Mais on perçoit bien qu’une rupture de la zone Euro avec des changements de parité se traduirait par des contraintes majeures pour chacun des pays constituant la zone.

En d’autres termes, la dette publique n’est pas une contrainte au sein de la zone Euro tant que celle ci est une union monétaire. Elle le serait encore moins dans le cas d’Eurobonds avec une politique budgétaire commune. Pour l’instant, la substituabilité des dettes publiques est organisée par la BCE au travers de ces différentes opérations (QE).

Si cela n’était plus le cas, si la zone Euro n’était plus une union monétaire, alors les dettes publiques détenues par des non-résidents deviendraient spontanément une contrainte majeure compte tenu des parts détenues par les non résidents.

En outre, la situation actuelle traduit une grande confiance des investisseurs quant à la capacité du pays endetté  à rembourser. C’est pour cela que cette union monétaire a pu fonctionner. Un pays qui sortirait et qui verrait sa monnaie se déprécier aurait tout intérêt à conserver cette confiance, c’est à dire en remboursant dans la monnaie de celui qui prête, afin de pouvoir éventuellement trouver auprès des non-résidents la capacité de se financer à nouveau.
dette

 

Le doute des banquiers centraux américains 

A la lecture des minutes de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 28 et 29 avril, on perçoit une détermination qui s’émousse quant à la nécessité de remonter les taux d’intérêt rapidement.

Comme cela pouvait être pressenti à la lecture du communiqué publié à la fin de la réunion d’alors, il n’y aura pas de mouvement en juin.  Pour la suite, les banquiers semblent dans l’embarras se réfugiant dans le cadre d’une décision meeting après meeting et sans guidance.. L’empressement qui était perçu il y a quelques semaines encore n’est plus de mise. Je ne suis pas certain du tout qu’une date ait été imaginée de façon significative.

Je trouvais depuis longtemps qu’il n’y avait pas urgence à remonter les taux de la Fed, ces minutes me confortent dans l’idée que la banque centrale ne le fera pas rapidement. L’activité est peu dynamique, il n’y a pas d’inflation et le dollar est toujours fort. Pourquoi se précipiter ?

La BCE Volontariste

Verbatim de ma chronique du jour

La Banque Centrale Européenne maintiendra sa stratégie monétaire accommodante car la résolution des déséquilibres qui marquent la zone Euro ne peut s’inscrire que dans la durée. En outre, elle ajustera ses pratiques aux conditions de marché.

Le premier aspect est développé de façon récurrente par Mario Draghi. Il veut convaincre l’ensemble des intervenants que la Banque Centrale Européenne maintiendra l’ensemble des mesures prises jusqu’au bout. Il n’est pas question pour lui de laisser transparaitre la possibilité d’un arrêt avant la fin programmée de cette stratégie monétaire. Même si les résultats s’améliorent sur le plan conjoncturel, on l’a vu avec les chiffres de croissance du premier trimestre, la BCE maintiendra son taux d’intérêt très bas pour une période très longue, le TLTRO jusqu’en juin 2016 et les achats d’actifs jusqu’en septembre 2016 au moins.

La stratégie de la BCE est de considérer que les changements de comportement de l’économie de la zone Euro et des investisseurs ne s’inscriront que dans la durée. Lire la suite