Ma chronique du 26 janvier

Verbatim de ma chronique hebdo

Plusieurs points à retenir cette semaine

L’Europe a été au cœur de l’actualité mondiale cette semaine avec les élections grecques et la décision de la BCE. Par ailleurs, les premières enquêtes auprès des chefs d’entreprise de la zone euro pour le mois de janvier ont été publiées.

Les élections grecques ont vu la large victoire de Syriza mais sans pour autant obtenir la majorité absolue à 2 sièges près.(149 sur une assemblée de 300)
Cela va obliger Alexis Tsipras à négocier pour une former une coalition. Il a trois jours pour cela. Le parti qui sera choisi sera important car s’il choisit Anel qui est plus radical alors cela pourrait engendrer une méfiance supplémentaire des investisseurs. En revanche Potami serait plus centriste et rassurant.
Le deuxième point est que le nouveau gouvernement qui doit se former dans les trois prochains jours doit se saisir des dossiers économiques très rapidement. Lire la suite

1 graphe pour comprendre le vote grec

Le vote grec demain 25 janvier va probablement être remporté par Syriza.
Le graphe montrant le PIB par tête grec en % du PIB de l’Union Européenne explique à lui seul le vote contestataire et la volonté de trouver une autre voie.
Jusqu’au début des années 2000 le PIB par tête grec représentait de 65 à 70 % du PIB par tête de l’Union Européenne. Dans les années 2000 cette proportion est montée à plus de 85% sous l’impulsion des aides européennes. L’investissement productif et la productivité ne validaient pas cette progression très rapide.
L’ajustement via les plans d’austérité a fait reculer ce PIB par tête de façon spectaculaire. Le repli a été d’une rapidité incroyable. En 2014, le niveau est plus faible qu’avant la mise en place de la zone Euro.
Dès lors pourquoi les grecs continueraient ils à voter pour le parti au pouvoir?

Ce graphe dit aussi que la dette publique grecque qui est sur une trajectoire insoutenable ne pourra pas être ajustée via un effort supplémentaire des citoyens grecs. Il faudra que cette dette soit négociée avec les institutions européennes qui la détiennent presque en majorité.
Grece-PIBpar tete

La BCE se donne les moyens mais provoque des fragilités

La décision prise hier par la BCE suggère deux parties distinctes.
La première concerne la dynamique de l’économie de la zone euro. La seconde porte sur le partage des risques et donc sur l’unité de la politique monétaire.

L’augmentation des liquidités par la BCE est la poursuite du programme que j’évoquais dans mon papier d’hier (ici). La BCE observe que l’économie de la zone euro ne peut repartir de façon endogène parce que sa demande privée est trop déprimée.
Il faut un choc externe persistant pour modifier durablement l’environnement de cette zone euro.
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Décision de la BCE

22 January 2015 – Monetary policy decisions

At today’s meeting the Governing Council of the ECB decided that the interest rate on the main refinancing operations and the interest rates on the marginal lending facility and the deposit facility will remain unchanged at 0.05%, 0.30% and -0.20% respectively.

Further monetary policy measures will be communicated by the President of the ECB at a press conference starting at 2.30 p.m. CET today.

La BCE c’est aujourd’hui

Verbatim de ma chronique du jour

La réunion tant attendue de la BCE c’est aujourd’hui. La banque centrale doit présenter un programme d’apport de liquidités qui se matérialisera par l’achat de dette souveraine.
La BCE met en place un tel programme car elle fait le constat que l’économie de la zone euro n’arrive pas à retrouver une allure de croissance satisfaisante. Le détail de l’activité montre que la demande interne privée reste peu dynamique. La consommation et l’investissement ne donnent pas de signaux forts sur leur capacité à retrouver spontanément une trajectoire robuste susceptible de porter la croissance.

La BCE fort de ce constat considère que le meilleur moyen de redonner du souffle à cette économie est de modifier en profondeur son environnement.
Elle a procédé en deux étapes depuis le printemps dernier : elle a d’abord réduit les taux d’intérêt à 0%, c’est le cas depuis septembre avec un taux de refi à 0.05%. Cela a fait chuter l’euro qui est désormais sur une parité voisine de 1.15 contre dollar.
La deuxième étape est de s’assurer que cette parité pourra encore se réduire et surtout qu’elle restera faible dans la durée. Les annonces de cet après midi s’inscrivent dans cette deuxième étape.
D’autres opérations sur la liquidité ont déjà été menées depuis septembre comme les TLTRO et les achats d’obligations sécurisés et d’ABS. Ces opérations permettent de transférer le risque des banques vers la BCE et donc de réduire à terme la fragmentation financière. L’achat de dette souveraine accentuera le caractère massif de la stratégie de la BCE qui veut accroitre la taille de son bilan de 1000 milliards à l’horizon de juin 2016.

Une conséquence de ce programme est l’aplatissement de l’ensemble de la courbe des taux d’intérêt en zone Euro. C’est déjà grandement le cas sur les taux allemands et français mais il y a encore à faire pour les pays tels que l’Espagne ou l’Italie. L’objectif est de disposer de taux d’intérêt très bas très longtemps sur l’ensemble de la courbe des taux de rendement afin d’inciter à dépenser et à investir maintenant plutôt que dans le futur.

L’objectif global de cette stratégie monétaire est de modifier en profondeur et dans la durée les conditions externes, la parité, et internes, les taux d’intérêt, de la zone euro afin que celle ci puisse retrouver un profil plus robuste.
La baisse durable de l’euro devrait provoquer une impulsion sur les exportations et la production incitant les acteurs de l’économie de la zone euro à modifier leurs comportements. Associé à la baisse du prix du pétrole qui est un invité inattendu dans le scénario de la BCE la dynamique de la zone euro devrait se reprendre. Cela sera favorable à l’investissement et à l’emploi et devrait remettre l’économie de la zone sur une dynamique plus vertueuse.

Une telle intervention est nécessaire car aujourd’hui la croissance en tendance est nulle depuis le premier trimestre 2011 et l’inflation est légèrement négative. La BCE ne peut pas se satisfaire d’une telle configuration. Il faut qu’elle agisse. Si la demande ne reprend pas alors que l’euro est bas, que le prix du pétrole est réduit et que la politique monétaire est très accommodante alors il y a de vraies questions à se poser sur la capacité de l’économie de la zone à retrouver un jour une capacité à croitre.

Les modalités d’intervention ne sont pas connues mais les achats de dette souveraine devront être proportionnelles au poids de chaque pays dans le capital de la BCE. La philosophie derrière cette opération d’apport de liquidité doit être comprise comme un premier pas vers une mutualisation de la dette qui doit déboucher sur des eurobonds. Cependant, il est évoqué la possibilité d’associer à chaque banque centrale la responsabilité de la dette publique de son pays. Ce serait le contraire de la mutualisation et un très mauvais coup à l’union monétaire. Il est souhaitable de ne pas aller dans cette direction.

Les annonces qui seront faites aujourd’hui par la BCE seront essentielles pour ancrer les anticipations de l’ensemble des acteurs de l’économie tant en zone Euro que dans le reste du monde. Il faut que Mario Draghi réussisse à convaincre tous ces acteurs que l’économie de la zone Euro peut à nouveau retrouver une croissance durable et être un acteur majeur de l’économie de demain.